Kamel Daoud affirme que les Algériens "n'ont plus peur" | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, le 01.03.2019 à 15h38 (mis à jour le 01.03.2019 à 16h00) Algérie

Kamel Daoud affirme que les Algériens "n'ont plus peur"

Kamel Daoud - Photo RENAUD MONFOURNY

Kamel Daoud, Yasmina Khadra et Boualem Sansal sont intervenus dans les médias français pour commenter les manifestations citoyennes en Algérie qui s'opposent à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika.

"Le principal changement : les gens n'ont plus peur. Le mur de la peur a été cassé" selon l'écrivain algérien Kamel Daoud qui s'est exprimé ce matin sur RTL à propos des Algériens qui manifestent contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Ils "ne reculeront plus" malgré les risques de violence. Ils sont encore plusieurs milliers à défiler cet après-midi à Alger.

A son image, plusieurs écrivains algériens se réjouissent vendredi dans les médias français de cette contestation inédite depuis plusieurs années, tout en craignant la répression d'un mouvement qui fait suite à la décision annoncée le 10 février du président, 81 ans, au pouvoir depuis 1999, de se représenter lors de la présidentielle du 18 avril.

"Ce qu'on appelle communément le mur de la peur a été cassé et c'est extraordinaire de sentir cette sorte de frisson, d'enthousiasme, cette sorte de joie", a déclaré Kamel Daoud en ligne depuis Oran. "Les gens ne se sentent plus terrorisés, et je choisis bien mon mot." "Je pense que l'écrasante majorité des Algériens ne reculeront plus", a-t-il ajouté. 

"Une véritable gérontocratie qui fait face à une population majoritairement jeune"

"Ce sont les hommes du régime qui parlent de bain de sang, de guerre civile. En face, les manifestants sont calmes, très ordonnés. Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit qui va se passer s’il n’y a pas de provocation de la part du régime" commente l'écrivain, rappelant que ce qui se déroule en ce moment en Algérie c'est "une véritable gérontocratie qui fait face à une population majoritairement jeune".

"Mais d'un autre côté, le régime n'a pas de sortie de secours, pas de plan B pour le moment, et la tentation de la violence est là", note-t-il, soulignant la "volonté évidente (du régime) de terroriser les Algériens et de les immobiliser par ce chantage soit nous, soit le chaos, soit nous, soit la guerre civile". Or, il rappelle que "Ce sont les hommes du régime qui parlent de bain de sang, de guerre civile. En face, les manifestants sont calmes, très ordonnés. Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit qui va se passer s’il n’y a pas de provocation de la part du régime".

"Je ressens une très grande panique au sein du pouvoir qui peut avoir pour conséquence une très grande violence, c'est un régime qui n'a pas d'issue" confie Kamel Daoud.

Le Premier ministre Ahmed Ouyahia a mis en garde jeudi contre un scénario comparable à la Syrie, pays en guerre depuis 2011. "Il faut être sincère, j'espérais ce mouvement, mais je ne l'attendais pas car les Algériens nous ont habitués à beaucoup de renoncements. Pendant des années, j'ai écrit que l'Algérie avait renoncé. Quel bonheur de m'apercevoir que je me trompais", commente dans le Parisien un autre écrivain algérien, Yasmina Khadra, qui vit en France. Le régime "va tout faire pour calmer les esprits. Mais les Algériens sont fatigués. Ils ne veulent plus voir leurs enfants traverser la Méditerranée sur des bateaux de fortune et mourir au large", ajoute-t-il.

Pour Boualem Sansal, "le pouvoir ne tombera pas". "Il contrôle totalement le pays et dispose de tous les moyens et d'abord de la détermination pour abattre quiconque approcherait la ligne rouge", estime l'écrivain dans un entretien au Figaro.
"Quand le pouvoir se sentira acculé, il fera ce qu'il a toujours fait quand le peuple bouge et le déborde, il plongera l'Algérie dans le désordre et la violence, et au moment propice (...) il fera toutes sortes de bonnes concessions et de beaux cadeaux pour imposer la paix sociale", prédit-il. C'est malgré tout "réjouissant de voir les gens sortir de leur longue et insupportable léthargie", ajoute-t-il. "Je m'efforce de le ressentir cet espoir fou qui se répand sur le pays comme au sortir d'un long cauchemar, mais c'est difficile, l'inquiétude est plus forte chez moi".
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