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Jean-Philippe Toussaint, "C'est vous l'écrivain" (Le Robert) : L'artiste à son atelier

Portrait of Jean-Philippe (Jean Philippe) Toussaint 12/10/2017 - Photo © Basso CANNARSA/Opale/Leemage

Jean-Philippe Toussaint, "C'est vous l'écrivain" (Le Robert) : L'artiste à son atelier

Picturale ou littéraire, d'un autre ou sienne, Jean-Philippe Toussaint se plonge au cœur de la création. Tirage à 10 000 exemplaires.

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Par Jean-Claude Perrier
Créé le 24.02.2022 à 11h00

En marge de sa production romanesque, inaugurée triomphalement avec La salle de bain (Minuit, 1985) - le livre culte par excellence, qui, selon Jérôme Lindon, son éditeur, devait servir de fondation pour une nouvelle école littéraire (avortée), un nouveau Nouveau Roman « infinitésimaliste » - Jean-Philippe Toussaint aime bien écrire des ouvrages tels ce bref essai sur Monet peignant les Nymphéas à partir de l'été 1916. Ou encore C'est vous l'écrivain, où il « revisite quelques pages de son passé ». Un livre « point d'étape », dans la lignée de L'urgence et la patience, paru chez Minuit en 2012. Outre leurs thèmes et leur postulat de départ − raconter l'artiste à son atelier, afin de mieux percevoir son processus créatif, et, partant, de tenter d'expliciter sa création − ces deux textes ont un autre point commun : Proust, l'un des gourous de Jean-Philippe Toussaint (avec Beckett, Kafka et quelques autres).

Claude Monet avec ses Nymphéas, son ultime création dont il ignorait, s'y aventurant, la forme qu'elle prendrait, son volume, et le temps que cela mettrait (en 1916, il avait déjà 76 ans), fait, selon Toussaint, « ce que Proust avait fait avec des mots ». Bien vu. Les Nymphéas demeureront inachevés à sa mort en 1926, et c'est leur agencement, à L'Orangerie aménagée spécialement pour accueillir leur don par le peintre, qui leur donnera leur cohérence, toute leur ampleur. Exactement comme lorsque, en 1927, Le temps retrouvé vint poser la clé de voûte sur À la recherche du temps perdu, la cathédrale proustienne.

Avec une formule répétitive, « Je veux saisir Monet, là, à cet instant précis où il entre dans l'atelier », une sorte de mantra, Toussaint, spécialiste de l'œuvre remise sur le chevalet, a un peu écrit ses Nymphéas à lui. N'a-t-il pas débuté dans l'écriture, en 1979 − à la suite de sa lecture de Crime et châtiment, lui qui se targue encore de ne pas aimer lire, ou alors seulement depuis qu'il écrit −, par un roman au titre prémonitoire, Échecs, dont il avait rédigé neuf versions ? En dépit du soutien de quelques lecteurs affûtés, Erik Orsenna ou Alain Robbe-Grillet, le texte n'avait pas été publié. Toussaint ne le renie pas. D'autant que le suivant, ce fut La salle de bain, avec la fortune que l'on sait.

C'est par cette histoire, racontée de façon très franche (son portrait de Jérôme Lindon s'avère plutôt contrasté), presque naïve, que commence C'est vous l'écrivain. La formule est d'ailleurs de l'éditeur, reconnaissant ainsi à l'auteur le droit d'avoir le dernier mot sur son texte, sa création. Toussaint, à l'aide de dessins et de photos, insiste longuement sur la nécessité de disposer, pour créer, d'un locus idoneus, un refuge loin du monde. Un atelier, en quelque sorte, comme ceux de Monet à Giverny. Lui, c'est à Ostende, ou en Corse. Ensuite, se déroule une espèce de fil rouge personnel, avec force anecdotes, et citations de ses livres publiés. À la fin, un lexique où figure le mot « gisement », employé par... Marcel Proust. Toussaint ou la cohérence.

Jean-Philippe Toussaint
C'est vous l'écrivain
Le Robert
Tirage: 10 000 ex.
Prix: 14,90 € ; 176 p.
ISBN: 9782321016786

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