L'homme debout. Le fait qu'il n'y ait pas de point d'interrogation dans le titre Danton. Bonhomme ou démon devrait indiquer la direction empruntée par Jean-Paul Desprat. -Danton serait à la fois bonhomme et démon. Ce ne serait pas le premier politique à cumuler les deux tempéraments. De cette existence brève de 34 ans, on a surtout gardé la fin, avec cette phrase prononcée sur l'échafaud devant la guillotine : « Bourreau, tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine. » Apocryphe ou pas, elle marque bien la hâblerie et le courage du personnage, jusqu'au dernier souffle, après un procès mené par Saint-Just et Robespierre.
Cette tête-là, Jean-Paul Desprat a cherché à savoir ce qu'il y avait dedans. Alors comme tous les historiens, il a enquêté. Il sait fort bien le faire depuis ses biographies du cardinal de Bernis (Perrin, 2000), de Madame de Maintenon (Perrin, 2003) ou de Mirabeau (Perrin, 2008). Alors qu'y a-t-il de nouveau dans cette vie-là ? Rien justement, et c'est peut-être cela qui apaise dans cette biographie tenue comme on retient un cheval fou. Certes, l'auteur prend en compte les derniers travaux en la matière, mais il ne cherche pas à trouver l'angle original par excellence, comme de faire de Danton un précurseur de ceci ou de cela. On est donc dans un chemin parfaitement balisé, maîtrisé, chronologique. Cela rassure par ces temps où le vrai ne serait pas si vrai que cela.
Glouton au mufle taurin mangé par la petite vérole, Danton se lance dans l'arène révolutionnaire avec la rage qu'il met à dévorer les poulardes au Procope. Il est l'homme des impulsions décisives plus qu'un meneur, l'homme debout lorsque la patrie vacille. Il y a plein de Danton parce qu'il est plusieurs, selon les événements qu'il accompagne plus qu'il ne suscite, toujours acharné à être aux premières loges de l'Histoire. Son rôle est souvent rétrospectif. On le voit là où il n'est pas- à la prise de la Bastille-, on lui prête plus qu'il n'a donné lors de la nuit du 10 août. Il est l'incarnation du génie colérique du peuple. C'est pourquoi il a tant séduit, tant servi, de Jaurès à Wajda. On peut lui faire porter tous les habits, y compris celui de la Révolution. Alors si Paris est aussi une tête, celle de Danton lui va fort bien.
Danton. Bonhomme ou démon
Éditions du Rocher
Tirage: 2 000 ex.
Prix: 22,90 € ; 460 p.
ISBN: 9782268112732
