Or noir. Dans la famille Holland, je demande le fils. Mais n'espérez pas tomber sur la carte du père, il est aux abonnés absents depuis toujours. Quant à la mère et au grand-père, il ne faut pas en attendre grand-chose. De fait, sur le limon d'une famille en lambeaux, Weldon a dû pousser à la dure, au plus profond d'une Amérique elle-même malmenée par la Grande Dépression des années 1930. Le mec est un costaud. Même les conflits européens, Omaha Beach et les Ardennes sanglantes ne pourront avoir raison de lui. Il revient de ces guerres lointaines amer mais vivant, accompagné de Rosita, une rescapée des camps nazis. Un autre combat tout aussi dangereux l'attend au pays. Tel un Don Quichotte texan, Weldon se lance à l'assaut des derricks et des pipelines qui vampirisent désormais des terres nécrosées par l'argent. Une fin périlleuse justifiera les moyens d'une fuite allégorique, Bonnie Parker et Clyde Barrow dans les rétros.
Chronologiquement antérieur aux Jaloux (Rivages, 2023), cet Étranger à la dérive se dresse face à l'industrie pétrolière naissante et à l'antisémitisme hélas intemporel pour peindre un autre épisode de la construction térébrante et douloureuse des États-Unis. On y croise donc le gang Barrow, on y respire l'air brûlant d'un Texas âpre et belliqueux, on y moissonne des gerbes de belles phrases à foison. Et si les puristes persistent à préférer les aventures de Dave Robicheaux, James Lee Burke impose pas à pas la saga du clan Holland comme un addenda incontournable au cœur d'une bibliographie lyrique, généreuse et musclée.
Étranger à la dérive
Rivages
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Christophe Mercier
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 22,90 € ; 496 p.
ISBN: 9782743670894
