Jack Lang chez les Belges | Livres Hebdo

Photo PHOTO OLIVIER DION

En Belgique comme ailleurs, il ne faut pas vendre prématurément la peau de l’ours. Cependant cette fois, après plusieurs tentatives avortées et de longues années de débat, et en dépit de la complexité de la construction politique belge, la fédération Wallonie-Bruxelles est bien sur le point d’introduire le prix unique du livre dans la partie francophone du pays. Alors que se tient, du 9 au 13 mars, la Foire du livre de Bruxelles, le projet de décret établi en juillet 2016 est en train de passer une à une les étapes qui doivent conduire à la régulation du marché à compter du 1er janvier 2018. Cette initiative intervient alors que la Flandre a déjà adopté en juin 2016 le prix fixe, qu’elle doit mettre en œuvre dans le courant de cette année. Ce double processus marque un tournant pour un pays dont les marchés du livre sont surdéterminés par les marchés voisins de France et des Pays-Bas, où la régulation des prix a été ancrée dans la loi respectivement en 1981 et en 2005.

Si quelques pays tels la Finlande, la Suède ou le Royaume-Uni l’ont supprimé, le prix unique du livre s’est, lentement mais sûrement, plutôt renforcé au fil des années en Europe. Souvent avec des dispositions inspirées de celles de la "loi Lang" française, il s’est imposé par la loi dans l’essentiel de l’Europe du Sud, du Portugal à la Grèce en passant par l’Espagne et l’Italie, comme en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas et au Danemark, sans oublier plusieurs pays du Nord ou de l’Est où il se fonde sur un accord interprofessionnel. Hors d’Europe, il a séduit des pays aussi différents que l’Argentine ou le Japon, la Corée du Sud ou le Mexique, et fait débat dans d’autres pays comme le Brésil.

Le prix unique du livre ne règle pas tous les problèmes des marchés du livre, de la librairie et de l’édition, loin s’en faut. Mais même dans les pays les plus rétifs à une réglementation des prix, aux Etats-Unis, au Canada ou au Royaume-Uni, on lui reconnaît au moins le mérite de favoriser la diversité des points de vente, d’apaiser les tensions sur le marché et, par voie de conséquence, de contribuer à la vitalité de la création éditoriale. Dans un monde troublé, cela a son prix.

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