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Habemus chartam

Pierre-Yves Camiade, président du SLLR - Photo DR

Habemus chartam

Les libraires et les éditeurs spécialisés révèlent la première carte des points de vente de livres religieux pour sensibiliser les institutions ecclésiales à la dégradation du réseau depuis quinze ans. _ par Pauline Leduc

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Par Pauline Leduc
Créé le 28.09.2018 à 00h03

Un maillage territorial lâche et une baisse inquiétante du nombre de points de vente spécialisés : tels sont les principaux enseignements de la première cartographie des librairies catholiques en France commandée et cofinancée par le Syndicat des librairies de littérature religieuse (SLLR) et le groupe Religion du Syndicat national de l'édition (SNE). Loin de surprendre les professionnels du secteur, ce constat alarmant est justement à l'origine de la carte. « Depuis des années, nous nous inquiétons de la dégradation du tissu des librairies spécialisées, il fallait sortir du domaine de l'impression ou du sentiment et proposer des éléments factuels », explique Pierre-Yves Camiade (Siloë, La Roche-sur-Yon). Le nouveau président du SSLR tire la sonnette d'alarme et avance qu'en quinze ans « près de 40 % des librairies religieuses ont fermé leurs portes ».

Sources et production : Fractales, Wikipedia, Catholique.fr, Axiales.- Photo FRACTALES POUR AXIALES

Au premier coup d'œil, le réseau des librairies couvre tout le territoire. « Cette impression trompeuse est due au fait que nous avons souhaité dénombrer absolument tous les points de vente quelles que soient leur nature ou leur importance » détaille Pierre-Yves Camiade. Ainsi la carte compte un nombre élevé de « librairies de monastère ou de lieu cultuel », des boutiques où la place du livre diminue de plus en plus au profit d'autres produits alimentaires ou artisanaux. Avec tout de même quelques exceptions comme l'abbaye d'Aiguebelle, près de Montélimar, qui a récemment décidé de développer ses rayons en embauchant un libraire laïc. Sont aussi représentés sur la carte « le monde de Théo, réseau de points de vente dépendant des éditions Crer », et les enseignes généralistes proposant un rayon religion. « Quand on enlève ces points de vente, il ne reste plus que 80 librairies spécialisées qui sont selon les
situations, indépendantes, dans un groupe ou propriétés d'un diocèse. »

Zones blanches

Les librairies catholiques restent dépendantes de l'économie des paroisses et de la présence des fidèles. En témoigne la conception même de cette carte qui met en regard l'implantation des points de vente et la densité de donateurs par diocèse. Pourtant, de nombreuses zones blanches subsistent, notamment en Haute-Marne ou dans l'Eure-et-Loir. « Il faut mettre les institutions ecclésiales en face de leurs responsabilités : si elles trouvent que le livre est un outil important pour la pratique et la diffusion de la foi, elles doivent y investir », commente Pierre-Yves Camiade.Pour l'heure, il existe une douzaine de librairies financées par les diocèses, mais de nouvelles initiatives voient le jour. A l'occasion d'un changement de mains, la librairie de La Sainte Famille d'Agen a vu entrer à son actionnariat l'évêque de la ville tandis que l'Eglise a mis son patrimoine immobilier à la disposition de la librairie Siloë au Mans pour un loyer modeste.

Le travail auprès des diocèses est donc un élément central de la stratégie des professionnels du secteur qui se sont réunis cet été à Tours. Présentée lors de ses assises, la carte a servi de support à leurs discussions. « Les éditeurs sont très concernés par la fragilité des librairies spécialisées, nous allons donc agir en collaboration avec les libraires », avance Bruno Nougayrède, président du groupe Religion du SNE. Avec le SLLR, ils intensifient leurs échanges et mettent en place des binômes éditeurs-libraires qui iront démarcher les évêques, diocèse après diocèse.

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