François Sureau, « Ma vie avec Apollinaire » (Gallimard)

François Sureau - Photo © FRANCESCA MANTOVANI/GALLIMARD

François Sureau, « Ma vie avec Apollinaire » (Gallimard)

François Sureau inaugure ses « Vie avec » par une évocation très personnelle du poète d'Alcools. Parution le 14 janvier.

J’achète l’article 1.50 €

Par Jean-Claude Perrier,
Créé le 13.01.2021 à 17h00,
Mis à jour le 13.01.2021 à 18h18

Même si son sujet est, en apparence, totalement déconnecté de son époque - en l'occurrence Guillaume Apollinaire, un écrivain mort il y a un peu plus d'un siècle -, les circonstances dans lesquelles un livre a été écrit peuvent l'affecter, lui revenir comme un boomerang. C'est le cas de cette Vie avec Apollinaire, premier volume d'une collection dirigée par François Sureau chez Gallimard, qui s'inscrit un peu dans la lignée de « L'un et l'autre », la belle série qu'anima le regretté J.-B. Pontalis. Il s'agit de proposer à un écrivain actuel d'écrire, sur un autre, un récit, un essai, une évocation, à la fois sérieux et personnel, fruit d'un compagnonnage par-delà les siècles.

On peut penser que François Sureau était en train de travailler à son texte lorsqu'est apparue la pandémie de Covid-19, avec sa rapide conséquence, le confinement. Il commence par la fin son parcours apollinairien : le lieutenant Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky, né polonais à Rome en 1880 et naturalisé français en 1916 seulement, alors qu'il s'était engagé et combattait déjà au front, connu sous le nom de Guillaume Apollinaire, écrivain français ami de toute l'avant-garde littéraire et artistique, est mort chez lui, à Paris, le 9 novembre 1918. Sureau ne peut pas ne pas établir un parallèle entre l'actuel fléau et celui qui sévit en 1918-1919, la « grippe espagnole ». Laquelle, venue en fait du Kansas avec les soldats américains débarqués à Étaples, dans le Nord, s'est propagée dans le monde entier, où elle fit entre 50 et 100 millions de morts (surtout en Asie, en Inde). Apollinaire, comme Rostand, en est mort, affaibli par la blessure qu'il avait reçue à la tête, un éclat d'obus, le 17 mars 1916, et la trépanation subie. Là aussi, cette mort pour la France fait résonance, au moment où le président de la République vient de panthéoniser Maurice Genevoix et avec lui Ceux de 14.

François Sureau, confiné dans sa campagne de l'Essonne, rembobine la vie d'Apollinaire, jusqu'à sa naissance dans le Trastevere, de « père inconnu », en fait un officier aristocrate italien, Francesco Fulgi d'Aspermont, et d'Olga-Angelica de Kostrowitzky, aventurière polonaise dont le propre père, Apollinaris, un fou furieux, avait été camérier du pape Pie IX. Plus romanesque, impossible. Et Apollinaire y était sensible.

Chemin faisant, l'auteur, haut fonctionnaire-avocat-écrivain, récemment élu à l'Académie française, parle aussi volontiers de lui, de sa famille, de son service dans l'armée, de ses lectures, de façon souvent assez directe. François Sureau, homme de convictions, n'a pas sa plume dans sa poche. Ainsi, à la fin de son livre, bref, sec, nerveux et érudit, il revient à la situation actuelle : « Le gouvernement n'a pas seulement assigné ses citoyens à résidence, il a fait disparaître le monde. C'est un tour de force d'autant plus spectaculaire qu'il est prosaïque et n'a pas rencontré de révolte. » Pas encore ?

François Sureau
Ma vie avec Apollinaire
Gallimard
Tirage: 12 000 ex.
Prix: 16 € ; 176 p.
ISBN: 9782072926174

Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités