Le 22 mars 2006, j'apposais ma signature au bas d'un contrat dont l'intitulé était « Contrat de cession des droits d'adaptation cinématographique d'une œuvre littéraire ». Je me souviens de cette excitation mêlée de fierté lorsque la pointe de mon stylo a zébré le papier. Ce moment reste l'un des plus marquants de ma carrière.
« Habituellement, ce sont les éditeurs qui courent après les producteurs : cette fois, c'est l'inverse »
Flash-back. Nous sommes en septembre 2005, je travaille chez Tixis Systems, une société informatique du groupe Arcelor (pas encore Mittal à l'époque), en tant qu'ingénieur développeur. Dans la discrétion la plus totale, mon troisième roman, La chambre des morts, paraît en librairie, publiée par les éditions Le Passage. Tirage monumental : 2 000 exemplaires. À l'époque, personne ne me connaît. Au bureau, nul ne soupçonne que j'écris le soir, une fois la journée finie - et cela m'arrange : je tiens à ce que ma vie frémissante d'auteur ne déborde pas sur mon quotidien professionnel. Mes deux romans précédents n'avaient touché qu'une poignée de lecteurs. Je m'attends à ce que celui-ci, noyé dans la rentrée littéraire, subisse le même sort : je commence à mesurer la dureté du monde de l'édition. Et pourtant... les libraires s'en emparent. Les lecteurs suivent, en parlent, le bouche-à-oreille prend rapidement.
Dès lors, le roman apparaît dans les meilleures ventes de Livres Hebdo. Tout au fond du classement, certes, mais pour moi, c'est la stupéfaction, j'ai du mal à y croire. Sur le papier, je côtoie les plus grands, les habitués : Nothomb, Werber, Levy... Une pleine page dans la presse régionale entraîne un étonnement plus grand encore chez mes collègues du bureau : « C'est bien toi sur la photo, là ? Tu écris des romans ? »
À l'époque, je ne connais rien au milieu de l'audiovisuel. J'ignore qu'un roman qui commence à faire parler de lui finit toujours par atterrir sur les bureaux de producteurs ou de réalisateurs en quête de bonnes histoires. Et là, coup de fil de mon éditeur : « La chambre des morts intéresse plusieurs producteurs, et non des moindres ! Pathé, Gaumont, Charles Gassot, le producteur légendaire des films de Chatiliez. Il va y avoir des enchères ! » Des enchères... Je raccroche, sonné. Je ne comprends pas ce qui se passe. On évoque des sommes à six chiffres. Plusieurs années de salaire.
Avec mon éditeur, nous nous concertons. Habituellement, ce sont les éditeurs qui courent après les producteurs ; cette fois, c'est l'inverse. L'ambiance est électrique dans les bureaux de la rue de la Roquette, à deux pas de la Bastille. Qui choisir ? Un problème de riches... Notre choix s'est finalement porté sur Charles Gassot, le producteur qui nous a le plus convaincus, par son engouement, sa joie communicative, et surtout, sa volonté de faire un gros film rapidement, qui respecterait au mieux mon univers.
Et c'est ainsi que, six mois à peine après la sortie du livre, je signais ce fameux contrat. Je l'ai encore sous les yeux, et avec lui remontent des souvenirs déjà vieux de près de vingt ans.
Charles Gassot n'avait pas menti : le film réalisé par Alfred Lot sortira le 14 novembre 2007, seulement deux ans après la publication.
