Histoire de l'édition

Flammarion/4 : un éditeur populaire 1945-2015

Quelques publications des années 1940 et 1950 : on remarque notamment le deuxième prix Goncourt de la maison, signé Jean-Louis Bory, mais aussi Troyat, Peyrefitte, Moravia, Mauriac, Guy des Cars, Henry de Monfreid... - Photo ARCHIVES FLAMMARION

Flammarion/4 : un éditeur populaire 1945-2015

En 1945, le deuxième prix Goncourt de la maison est attribué à Mon village à l’heure allemande de Jean-Louis Bory. Mais ce qui caractérise Flammarion, c’est la diversité des champs couverts, des sciences humaines à la littérature, en passant par l’art, le pratique, le poche ou la jeunesse, avec toujours un souci constant : offrir au lecteur ce qui lui donnera l’envie de lire.

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Créé le 22.05.2015 à 00h00,
Mis à jour le 22.05.2015 à 11h31

Après-guerre, le domaine historique est marqué par Histoire des Français et Histoire de l’Allemagne de Pierre Gaxotte ou l’Histoire des paysans de France de Gérard Walter. Une cinquantaine de livres portent sur la guerre et l’Occupation : Maurice Martin du Gard, La chronique de Vichy en 1947 et Les mémorables en 1957 et 1960, Edouard Herriot, Episodes 1940-1944 en 1950, le général Weygand, ses Mémoires entre 1950 et 1957. Flammarion publie les livres de son avocat Jacques Isorni, Le procès de Robert Brasillach (1946), Requête en révision pour Philippe Pétain (1950)… Prisonnier du maréchal en 1942 puis déporté, Paul Reynaud donne La France a sauvé l’Europe en 1947.

Affiche de librairie pour Le grand cirque de Pierre Clostermann, un succès renforcé par une adaptation au cinéma. - Photo ARCHIVES FLAMMARION

En 1948, Le grand cirque de Pierre Clostermann dépasse les 500 000 exemplaires ; il entre dans la collection "L’aventure vécue" aux côtés de Jacques-Yves Le Toumelin, Bernard Moitessier ou Roger Frison-Roche. Flammarion sera aussi l’éditeur d’Haroun Tazieff et de Jacques-Yves Cousteau, dans la collection "L’odyssée".

La "Bibliothèque de philosophie scientifique" accueille La pensée de l’existence de Jean Wahl ou Le pur et l’impur de Vladimir Jankélévitch. Henri Flammarion confie en 1962 à Fernand Braudel une "Nouvelle bibliothèque scientifique" dont le premier volume est Dialectique et sociologie de Georges Gurvitch. On y trouve L’ironie (1964) et La mort (1970) de Jankélévitch, et Histoire du climat depuis l’an mil d’Emmanuel Le Roy Ladurie (1967).

En 1950, la "Bibliothèque d’esthétique" d’André Veinstein accueille La rhapsodie de Jankélévitch mais aussi les textes sur le théâtre de Louis Jouvet et de Jean-Louis Barrault. "Homo sapiens", dirigée dès 1955 par Georges Rémond, est consacrée aux civilisations traditionnelles, "Le vif du sujet" dès 1963 à l’histoire du temps présent. En 1967, Marc Ferro dirige "Questions d’histoire", inaugurée par sa Révolution russe de 1917. "Science de l’histoire" est créée en mai 1968 par Jean Cohen et, en 1974, "Histoire vivante" par Denis Richet.

Yves Bonnefoy publie des essais d’historiens de l’art, comme Panofsky et Chastel, dans "Idées et recherches" à partir de 1973 et crée "Textes et manuscrits" en 1979, consacrée à la génétique des œuvres. Jacques Le Goff anime "Ethnologie historique", et "La philosophie en effet" est placée sous la direction de Jacques Derrida, Sarah Kofman, Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy. Dans "Dialogues", Antoine Gallien propose à des auteurs d’œuvres difficiles de s’exprimer "à haute voix" : Deleuze, Duby, Chomsky, Jakobson renouent ainsi avec la tradition de vulgarisation du savoir.

Flammarion publie en 1972 Changer la vie du Parti socialiste, puis le Programme commun. En 1973, François Mitterrand donne La rose au poing et une collection éponyme est créée avec La nouvelle économie française de Jacques Attali, aux côtés de Charles Hernu et de Jean-Pierre Chevènement, et François Mitterrand, avec La paille et le grain en 1975 et L’abeille et l’architecte en 1978.
 

La biographie d’Hitler par Ian Kershaw publiée en 1999 et 2000 poursuit la tradition des grandes biographies de Flammarion. - Photo ARCHIVES FLAMMARION

L’empire éclaté d’Hélène Carrère d’Encausse (1978) et L’amour en plus d’Elisabeth Badinter (1980) font de grands succès. La publication de biographies se poursuit : Pierre Moinot, Jeanne d’Arc ; Michel Crouzet, Stendhal ; Didier Eribon, Michel Foucault ; Dominique Desanti, Drieu la Rochelle.Hitler de Ian Kershaw et Jésus de Jacques Duquesne, en coédition avec Desclée de Brouwer, font de très bonnes ventes comme Le roi libre de François Bayrou. Les hommes politiques sont présents avec Jospin, Fabius, mais aussi Balladur. S’y ajoutent des essais comme Les habits neufs de la politique d’Alain Duhamel.

Le grand succès reste le best-seller de Stephen Hawking, Une brève histoire du temps (1989). En 2009, Les confessions d’une religieuse de sœur Emmanuelle se vendent à environ 380 000 exemplaires.

La passion de l’art

Passionné d’art, Henri Flammarion lance de "Grandes monographies" sur les maîtres de la peinture moderne et "Le grand art en livres de poche" avec l’Unesco. Il ouvre l’ère des coéditions en 1967 avec "Les classiques de l’art" (Tout l’œuvre peint…), dirigés par Francis Bouvet, adaptés de la série de Rizzoli. Cinéma, musique et danse ont aussi leur place, avec Lesfilms de ma vie de Truffaut en 1975, ou les souvenirs de Renoir et de Béjart. Après le décès de Francis Bouvet en 1979, Adam Biro puis Jean-François Barielle dirigeront le département. On remarque L’art français d’André Chastel, Matisse de Pierre Schneider, Miró de Jacques Dupin ou Histoire de l’art de Gombrich en 1990. Des accords avec Phaidon et Abbeville Press enrichissent le catalogue tandis qu’Arthaud propose des albums sur les voyages et l’aventure et La Maison rustique sur les jardins.

Savoir-vivre, bricolage, photographie et médecine populaire restent des domaines de prédilection. Une bibliothèque culinaire réunit des livres de référence (Escoffier…), tandis que se multiplient les albums sur les vins, les grandes adresses, etc..

De la diffusion à la grande diffusion

Frédéric Ditis et Henri Flammarion créent "J’ai lu" en 1958, soutenus par Laffont et Le Seuil. Les premiers titres sont Le petit monde de don Camillo de Guareschi (Seuil), Le blé en herbe de Colette et Le train de 8 h 47 de Courteline (Flammarion), Un Américain bien tranquille de Greene (Laffont). La collection est d’abord distribuée dans les grands magasins, puis Flammarion la diffuse en librairie. Guy des Cars, Troyat, mais aussi Cesbron, Clavel ou Pearl Buck lui apportent ses plus grands succès. En 1962, Le troisième œil de Lobsang Rampa préfigure la mode du New Age dans une série "Aventure" qui deviendra "L’aventure mystérieuse". En 1968 sont créées des séries, "Science-fiction" (Van Vogt, Asimov…), "Essentiel" et "Connaissance". En 1977, Barbara Cartland entre au catalogue et, en 1982, une série "Duo" est dédiée à la littérature sentimentale. Une autre série "Aventures et passions" est créée en 1991. L’alchimiste de Paulo Coelho, publié en 1996, sera un grand succès de la collection. En 1997, une série consacrée à la "nouvelle génération" publie Houellebecq, Despentes… "J’ai lu" reprend principalement les ouvrages publiés par Flammarion et ses diffusés comme les romans policiers de Val McDermid, Henri Lœvenbruck ou Fred Vargas, la fantasy comme Letrône de fer de George R. R. Martin ou le pratique comme ceux du Dr Dukan.

Flammarion fonde en 1964, en coédition avec Garnier, la collection de classiques "Garnier Flammarion", dite aussi "GF", qu’il poursuivra à la fin de l’accord avec Garnier en 1978. En 1977, la collection "Champs" est créée pour reprendre les titres du fonds (essais, sciences humaines, histoire et art). Les premiers sont : La mort de Vladimir Jankélévitch, Le littéraire et le social de Robert Escarpit et Les paysans du Languedoc de Le Roy Ladurie.

En 1994, la collection "Librio" est destinée à accueillir des textes courts, mais en majorité sous droits, contrairement aux autres collections à 10 francs. - Photo ARCHIVES FLAMMARION

Le poche évolue encore avec "Dominos", série encyclopédique lancée en 1993. L’année suivante, "Librio", à dix francs, est consacrée à des textes courts. C’est un grand succès, plus de dix millions d’exemplaires en dix-huit mois et un best-seller… inédit : les six tomes de La ligne verte de Stephen King vendus à 1,6 million d’exemplaires.

Du Père Castor au Chat perché

En 1949 est créée la SARL Cocorico destinée à publier les "Petits livres d’or", traductions des "Little golden books" créés chez Simon & Schuster en 1942. Flammarion n’y apparaît pas nommément mais en est le distributeur. Le succès est immédiat. En 1957, la société devient éditions des Deux Coqs d’or mais Flammarion se désengage au début des années 1960 pour financer ses autres activités (1).

Le Père Castor continue avec une dizaine de titres par an. A la mort de Paul Faucher en 1967, son fils François Faucher prend la relève ; il crée en avril 1980 une collection de romans, "Castor poche".

En 1977, un nouveau département, "Le chat perché", connaît un grand succès avec La petite maison dans la prairie. La maison accueille aussi des albums comme ceux de John Burningham et de Philippe Dumas. En 1995, la jeunesse sera l’un des moteurs du département multimédia avec notamment Lelivre de Lulu de Romain Victor-Pujebet en 1995 et Opération Teddy Bear en 1997.

Littérature toujours

François Mauriac donne ses Bloc-notes, puis Galigaï et L’agneau, Paul Morand Hécate et ses chiens, et Jules Romains reste un auteur fidèle.

Des auteurs rejoignent Flammarion dans l’après-guerre. Jean Orieux y publiera la quasi-totalité de son œuvre avec notamment ses biographies (Voltaire, Talleyrand, La Fontaine…). Après la reprise des éditions Vigneau, on réédite Les amitiés particulières de Roger Peyrefitte, puis on publie La mort d’une mère. Jusqu’au début des années 1970, Flammarion sera l’éditeur de Peyrefitte : Les ambassades en 1951, Les clés de saint Pierre en 1955, La coloquinte en 1971…

De Guy des Cars ils éditent Le maître d’œuvre en 1945, L’impure en 1946. En 1958, Le château de la Juive est un énorme succès. Il s’impose comme un grand auteur populaire avec environ cinquante volumes. Paul Vialar donne L’éperon d’argent en 1951 avant d’en faire son éditeur quasi exclusif. Henri Troyat publie La neige en deuil en 1952. Il devient l’auteur le plus lu du catalogue avec de grandes suites (La lumière des justes, Les Eygletière, Les héritiers de l’avenir, Le Moscovite) et donne de nombreuses biographies.

En 1952 on traduit Alberto Moravia avec Le conformiste, puis La belle Romaine, Lemépris, L’ennui dans une collection "La rose des vents", rebaptisée ensuite "Traduit de". On y trouve aussi Le bal des égarés de Carlo Coccioli. L’oiseau bariolé de Jerzy Kosinski, en 1966, est un grand succès et, dans un autre genre, Love story d’Erich Segal en 1970 crée l’événement. En 1973, Pierre Clostermann traduit Jonathan Livingston le goéland.

Flammarion publie aussi Pier Paolo Pasolini et le prix Nobel 1976, Saul Bellow, et ouvre un rayon dédié au domaine hispano-portugais, à l’enseigne de "Barroco". En 1975 est lancée "Connections" qui accueille Burroughs, Kerouac, Sciascia…

Quelques publications des années 1960 et 1970 : Bernard Noël, Marc Cholodenko ou Andrée Chedid rejoignent des auteurs plus grand public comme Françoise Sagan, Erich Segal, Françoise Dorin ou Jean Dutourd. - Photo ARCHIVES FLAMMARION

Paul Guth donne des romans, essais et livres d’humeur et confie sa biographie de Mazarin. Jean Dutourd quitte Gallimard pour Flammarion en 1966. Ses romans et essais y paraîtront presque exclusivement jusqu’aux années 1990. Christine Arnothy donne trois romans à partir de 1968. En 1969, Françoise Sagan confie Un peu de soleil dans l’eau froide. Douze livres paraissent jusqu’en 1981 dont un album consacré à Brigitte Bardot. Françoise Dorin fait son entrée en 1975 avec Le tube et reste attachée à la maison jusqu’en 1993 avec un lectorat fidèle.

Le poète Marc Alyn dirige dès 1966 "Poésie" où il publie La face de silence de Bernard Noël en 1967. Il accueille en 1968 Contre-chant d’Andrée Chedid qui confiera la quasi-totalité de son œuvre. Les œuvres poétiques de Claude Esteban sont réunies en 1979 sous le titre Terres, travaux du cœur et il prend la direction de la collection en 1986. Dans le même temps, est menée l’édition des œuvres complètes de Pierre Reverdy et de Tristan Tzara.

Paul Otchakovsky-Laurens lance la collection "Textes"

Quatre ans après la création de la collection "Textes", le prix Médicis récompense en 1976 la grande maturité du jeune Marc Cholodenko, qui restera fidèle à son premier éditeur, P.O.L. - Photo ARCHIVES FLAMMARION

Un jeune éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens, lance la collection "Textes", inaugurée en 1972 par Parcs, le premier livre de Marc Cholodenko qui deviendra prix Médicis 1976 avec Les états du désert. Claude Delmas et Bernard Noël y côtoient René Belletto et Jean Reverzy. Bernard Noël prend la direction de la collection en 1978 alors que P.O.L rejoint Hachette avant de créer sa marque avec l’aide de Flammarion. Bernard Noël publie Denis Roche, Claude Faraggi, Franck Venaille, Claude Ollier…

Une autre collection est reprise en 1975 avec sa revue éponyme : "Digraphe" de Jean Ristat. Y paraissent Francis Ponge (Comment une figue de paroles et pourquoi), Mathieu Bénézet, Jean Thibaudeau, Danièle Sallenave…

Yves Navarre donne Lady black en 1971. La reconnaissance vient avec Lesloukoums en 1973 et plus encore avec Le jardin d’acclimatation, prix Goncourt 1980. Dans ces années sont publiés Jack-Alain Léger, Frédérique Hébrard, ou Pierre-Jean Remy. Le premier roman d’Emmanuel Carrère, L’amie du jaguar, paraît en 1983 avant qu’il confie ses livres à P.O.L.

Engagée en 1986, Françoise Verny fait venir Didier Eribon, Claude Sarraute, Françoise Mallet-Joris, Alexandre Jardin. Elle publie Condamné amour de Cyril Collard en 1987, et deux ans plus tard Les nuits fauves et, en 1988, le premier roman de Marc Lambron, L’impromptu de Madrid, qui obtiendra le prix Femina 1993 avec L’œil du silence. Elle crée "Rue Racine", ouverte aux jeunes auteurs, publie Pour l’amour de l’Inde de Catherine Clément en 1993 et accueille l’année suivante le premier roman de Vincent Ravalec, Cantique de la racaille. La même année, elle obtient un grand succès avec Lechamp de personne, le roman de Daniel Picouly.

Après le départ de Françoise Verny, la direction du département revient à Raphaël Sorin pour la partie française et à Héloïse d’Ormesson pour la partie étrangère. Sorin publie Eric Holder et Serge Joncour qui resteront fidèles à Flammarion et, dès 2001, Florian Zeller dont La fascination du pire reçoit le prix Interallié 2004.

170 000 exemplaires en une semaine

Le deuxième roman de Michel Houellebecq en 1998. Il faudra attendre son retour chez Flammarion en 2010 pour qu’il décroche le prix Goncourt avec La carte et le territoire. - Photo ARCHIVES FLAMMARION

Il accueille un recueil de poèmes de Michel Houellebecq, Le sens du combat (1996) avant de publier en 1998 son deuxième roman, Les particules élémentaires, puis en 2001 Plateforme qui atteint 170 000 exemplaires en une semaine. En 2002, Houellebecq suit Sorin chez Fayard.

En 2005, Teresa Cremisi crée la collection "Café Voltaire" avec Sur le pont d’Avignon de Régis Debray ; elle réunit des textes de Jacques Julliard, Tzvetan Todorov, Alain Badiou… Elle publie des essais politiques de Jospin, Montebourg ou Mélenchon. La tragédie du président de Franz-Olivier Giesbert en 2006 et L’aube le soir ou la nuit en 2007, récit de la campagne de Nicolas Sarkozy vue par Yasmina Reza, sont de grands succès comme les livres de l’historien d’Europe 1, Franck Ferrand.

Elle fait venir Christine Angot (Rendez-vous en 2006 ou Une semaine de vacances en 2012), Jean-Christophe Rufin (Le parfum d’Adam en 2007 ; Katiba en 2010), Marc Dugain (En bas, les nuages), Catherine Millet (Jour de souffrance, Une enfance de rêve). Les disparus de Daniel Mendelsohn obtient le prix Médicis étranger 2007. Le prix Nobel est attribué la même année à Doris Lessing dont Flammarion a traduit une grande partie de l’œuvre. En 2009, Jim Harrison entre au catalogue avec Une odyssée américaine. Michel Houellebecq revient en 2010 avec La carte et le territoire qui offre son quatrième prix Goncourt à Flammarion.

Au moment de fêter ses 140 ans s’ouvre un nouveau défi pour la maison et son actionnaire : conserver son identité au service du lecteur.

(1) La Western Publishing International qui a repris le capital cédera elle-même les Deux Coqs d’or, en juillet 1989, à Cap-D, société qui a notamment racheté les éditions Gautier-Languereau et qui sera mise en redressement judiciaire deux ans plus tard. Les deux maisons sont alors reprises par Hachette.


22.05 2015

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