Femme de lettres britannique ayant longtemps travaillé dans les journaux anglais les plus prestigieux, auteure de livres pour enfants, par ailleurs épouse de Ian McEwan, Annalena McAfee aura attendu relativement longtemps avant de se lancer dans le roman. Ce fut en 2013 (en France du moins) avec la publication chez Belfond de Le doux parfum du scandale qui fut assez unanimement salué. Elle revient aujourd'hui avec Poison Florilegium qui, mieux que transformer l'essai, le prolonge en quelque sorte avec des résonances d'une extrême finesse et aussi un brin de cruauté.

Annalena McAfee place, au centre du roman, l'art au présent et le temps passé. Celui d'Ève, une femme qui, la soixantaine venue, peut considérer avoir accompli sa vie. Résidant dans une magnifique demeure londonienne auprès de Kristof, son mari depuis de nombreuses années, architecte célèbre, elle a elle-même acquis une belle réputation de peintre dans le milieu de l'art contemporain international - du moins, celui qui sait distinguer les vessies des lanternes et les performances pour gogos milliardaires de la création authentique. Elle ne peint que des reproductions florales, toutes d'une infinie subtilité et s'apprête à se lancer dans ce qu'elle estime devoir être son grand œuvre : reproduire sur de gigantesques panneaux des fleurs rares vénéneuses et carnivores, sorte de performance graphique qu'elle intitulera Poison Florilegium. Tout bascule lorsqu'elle engage comme assistant un jeune homme nommé Luka, de plus de trente ans son cadet, dont elle tombe follement amoureuse et qui devient rapidement son amant. Le travail et la passion ne tardent pas à se confondre, révélant la tristesse de ce qui était son quotidien jusqu'alors et bouleversant sa vie sans espoir de retour.

Annalena McAfee écrit ici l'histoire d'une femme se sachant sans véritable avenir, oublieuse de son passé et voulant résolument vivre au présent. Au beau et terrible risque du présent. C'est à la fois terrifiant et d'une rare beauté.

Rose psychose

Arnon Grunberg déroule un trip psychologique, hilarant et dramatique, sur la famille et les accidents de la vie.

Arnon Grunberg - Photo DOROTHY HONG

« Se connaître soi-même est un projet sans fin, l'image n'est jamais complète. De nombreux angles morts subsistent. » Tel est le constat de Kadoke. Ce psychiatre amstellodamois passe ses journées à scruter l'âme humaine, mais quand il s'agit de la sienne, il est perdu. D'autant que sa mère vampirique - personnage symbolique qui ferait la fierté de Freud - l'entraîne dans sa chute. Il trébuche d'ailleurs, en craquant pour l'auxiliaire de vie qui s'occupe d'elle. Privée de son aide, la mère encourage le fils à se réinstaller chez elle. Le quadra divorcé perçoit cette situation absurde comme le énième échec de son existence, déjà alourdie par tant de névrosés. Kadoke est en effet chargé d'un centre de prévention du suicide et les candidats ne manquent pas... « Il n'existe aucune bonne ou mauvaise raison de vivre. » Il s'engage néanmoins dans ce combat jour après jour. « Le verbe guérir ne veut rien dire. Je veux rendre la situation plus supportable. » À ses côtés, l'interne Dekha s'efforce de le seconder. Leur relation frise l'ambiguïté, mais le héros est trop englué dans ses soucis. « La maladie nous rapproche de la vérité... » Pour soulager sa mère grabataire, il suggère une thérapie expérimentale et engage pour cela l'une de ses patientes suicidaires. Il n'y a qu'Arnon Grunberg pour imaginer un vaudeville aussi profond et savoureux. L'auteur du Messie juif effleure ici les grandes peurs de l'existence. Le psy dit d'ailleurs à sa protégée : « Je peux te protéger de la mort, c'est mon métier. Pas de la vie. La vie est plus qu'une thérapie. » À nous de grandir pour le découvrir.






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