Formée à la communication et titulaire d'un master d'édition à la Sorbonne, Raphaëlle Liebaert entame son parcours professionnel à Londres chez The Harvill Press, filiale de Random House. De retour en France, elle passe sept ans chez Christian Bourgois, puis rejoint les éditions Autrement en 2013 en tant que responsable éditoriale. En 2016, le directeur général des éditions Stock, Manuel Carcassonne, lui confie la direction de « La Cosmopolite », collection créée en 1905 et consacrée aux lettres étrangères.
Sa nomination au poste de directrice éditoriale en janvier 2026 élargit son périmètre à l'ensemble de la production de la maison, intégrant la fiction française de La Bleue, les essais de La Grise et les ouvrages de non-fiction. L’entretien vidéo qu’elle accorde à Livres Hebdo survient au moment où les livres de la rentrée d’automne 2026 arrivent sur les tables et figurent dans plusieurs sélections des prix littéraires. Une période qui concrétise plusieurs mois de travail et l’engagement d’une équipe renforcée, notamment avec l’arrivée d’Emmanuelle Gaulier au service de presse et de Laurence Bourgeon et Camille Festman au service éditorial, aux côtés des auteurs et autrices.
Bilan de rentrée
Interrogée sur le climat économique de l'édition, Raphaëlle Liebaert n'occulte pas les tensions du secteur mais ne cède pas non plus au pessimisme : « Nous traversons une période compliquée pour le marché de l'édition. Les sujets d'angoisse sont nombreux avec la baisse de fréquentation des librairies, la baisse de la lecture, les ventes qui diminuent. Mais malgré tout, je pense qu'on a des raisons chez Stock d'être optimistes parce que notre rentrée est très bien accueillie », explique-t-elle.
L'échange éclaire le double cap qui définit la ligne Stock : maintenir une fidélité historique aux auteurs et autrices accompagnés sur plusieurs décennies tout en intégrant de nouvelles voix, lesquelles suscitent, selon Raphaëlle Liebaert, une curiosité croissante de la part des représentants, des libraires et des lecteurs. En cette rentrée, c'est le cas de David Djaïz, dont le premier roman La Méthode croise fiction politique et coulisses des institutions. Cette dynamique d’ouverture se dessine aussi dans le domaine des essais, où la collection La Grise accueille les travaux de jeunes chercheurs et chercheuses comme Mathieu Roger-Lacan, Raphaël Doan ou Anastasia Colosimo.
Défendre la littérature étrangère : le pari du collectif
Forte de 20 ans d’expérience dans le domaine étranger, la directrice éditoriale de Stock détaille les leviers déployés pour soutenir les premiers romans traduits et les auteurs émergents face à un marché concentré sur des auteurs internationaux déjà bien installés. C'est dans cet esprit qu'a été lancée l'initiative « D'ailleurs et d'ici », fondée en 2025 avec Francis Geffard chez Albin Michel, Tiphaine Samoyault chez Gallimard et Joachim Schnerf chez Grasset : « On a décidé d'allier nos forces pour mettre en avant les primos-romanciers étrangers. L'objet de cette opération conjointe, c'était d'inviter au même moment quatre auteurs de premier roman pour leur faire rencontrer ensemble la presse et les libraires ».
Au fil des dernières années, la maison a progressivement resserré sa production étrangère (désormais, environ dix titres annuels) jusqu’à concentrer, pour cette rentrée 2026, l'ensemble de ses efforts sur un unique titre traduit : L'Audition, de la romancière américaine Katie Kitamura.
Cette culture du roman étranger façonne directement le regard de Raphaëlle Liebaert sur la fiction française de la collection La Bleue : « Je viens de la littérature étrangère, rappelle-t-elle. Donc j'ai un tropisme pour le roman fort avec une narration à l'anglo-saxonne avec des personnages incarnés, des textes qui vous font voyager ». Elle cite les succès de romans comme La Louisiane de Julia Malye, Encabanée, Sauvagine ou Hexa de Gabrielle Filteau-Chiba ou encore Le Livre de Joan de Paul Thurin.
Les parutions de l'automne 2026
La quête de récits incarnés et l’ouverture aux débats contemporains, qui irriguent la programmation de la rentrée littéraire chez Stock avec, par exemple, Mon imam, enquête littéraire de Sabyl Ghoussoub, La Part absente de Rachida Brakni ou Une éclaircie de Jean-Baptiste Del Amo, continue de se déployer en octobre et novembre.
Au programme, des récits mémoriels et des témoignages. Le 7 octobre, Laure Adler a rejoint la collection Ma Nuit au Musée avec Presque juive, pèlerinage spirituel et historique à Yad Vashem, tandis que Marie-Françoise et Noémie Lenoir-Colombani font paraître Ce qui dort, enquête sur la levée des secrets familiaux. À la fin du mois, Cédric Sapin-Dufour propose une édition enrichie de photographies de son succès Son odeur après la pluie, et Bernard Murat livre Ma vie sur un plateau, chronique de 50 ans de création théâtrale.
En novembre, Virginie Viard, ancienne directrice artistique de la maison Chanel, retrace trois décennies de création dans Un regard : Une vie chez Chanel, son témoignage sur les coulisses de la mode ; les journalistes Marie-Christine Tabet et Christophe Dubois signent Alger-Paris : Affaires toxiques, une vaste enquête sur les réseaux secrets entre les deux capitales. Et la députée européenne Chloé Ridel publie Géoféminisme, un essai de géopolitique féministe qui considère que la domination des femmes et entre États obéit aux mêmes mécanismes de conquête patriarcale.
