Disparition

Disparition de Péter Nádas, maître hongrois du roman-fleuve

L'écrivain hongrois Péter Nádas, mort ce mercredi à 83 ans. - Photo Carsten Koall via AFP

Disparition de Péter Nádas, maître hongrois du roman-fleuve

L'écrivain hongrois Péter Nádas est mort ce mercredi 26 août à l'âge de 83 ans. Figure majeure de la littérature européenne et éternel pressenti au Nobel, il laisse une œuvre traduite dans le monde entier.

Par Anatole Lanneau
avec AFP Créé le 26.08.2026 à 15h38

Romancier, dramaturge et essayiste, Péter Nádas, mort ce mercredi matin à son domicile hongrois de Gombosszeg, laisse une œuvre nourrie de son expérience de la guerre, de la dictature communiste et de la Hongrie contemporaine. Son décès a été confirmé à l'AFP par son agente littéraire Anett Orosz, après une annonce publiée sur le compte Facebook de l'écrivain. Couronné de nombreux prix et traduit dans le monde entier, il figurait depuis des années parmi les pressentis au Nobel de littérature.

Un maître du roman-fleuve

Sa réputation internationale repose sur deux sommets. Le Livre des mémoires d'abord, écrit entre 1975 et 1985 et paru en français en 1998, que l'écrivaine américaine Susan Sontag tenait pour « le plus grand roman de notre époque, et un des plus grands du siècle ». Histoires parallèles ensuite, paru en Hongrie en 2005 après 18 ans de travail et traduit chez Plon en 2012, fresque de plus de 1 000 pages aux intrigues enchevêtrées.

L'attention portée au détail et la fluidité de sa prose lui ont valu d'être régulièrement comparé à Marcel Proust. Lire ses deux grands livres, résumait le spécialiste de son œuvre Sándor Bazsányi, suppose « un mode de vie en voie de disparition, s'asseoir et rester longtemps assis ».

De la photographie à l'écriture

Né à Budapest le 14 octobre 1942 dans une famille juive, Péter Nádas traverse enfant les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale dans une capitale ravagée. Sa mère meurt d'un cancer en 1955, son père se suicide trois ans plus tard, et il est élevé par une tante. Photographe de formation, il exerce le journalisme jusqu'en 1969 avant de se consacrer entièrement à l'écriture, avec La Bible pour premier titre en 1967. Suivent romans, nouvelles et pièces de théâtre, mêlant matière autobiographique, réflexion philosophique et critique du régime. En 1990, il épouse sa compagne de longue date, Magda Salamon.

Une voix libre face à Orbán

Victime d'un infarctus en 1993, réanimé, il tire de cette expérience La mort seul à seul, paru en 2004, où il confie qu’« il était bon de mourir aussi ». Observateur de la vie politique hongroise, il n'a pas ménagé l'ancien Premier ministre nationaliste Viktor Orbán, dont il qualifiait le système de « sorte de mafia d'Europe de l'Est ». Retiré à la campagne, coupé de la radio et de la télévision, il revendiquait une existence simple : « Je suis né contemplatif. »

Sa dernière grande traduction française, Ce qui luit dans les ténèbres, souvenirs de la vie d'un narrateur, parue le 4 septembre 2025, avait été distinguée à la rentrée par le prix Transfuge de l'autobiographie et le prix spécial du jury du prix Médicis étranger. En France, où son œuvre est restée l'apanage d'un lectorat exigeant, Histoires parallèles demeure son plus fort tirage, autour de 2 700 exemplaires selon les données NielsenIQ BookData de la base Electre, quand Ce qui luit dans les ténèbres s'est écoulé plus d'un millier en moins d'un an.

Bibliographie

  • Ce qui luit dans les ténèbres, souvenirs de la vie d'un narrateur (Les Éditions Noir sur Blanc), traduit du hongrois par Sophie Aude, paru le 4 septembre 2025 : autobiographie composée de fragments de souvenirs analysés à la lumière de Freud, de la Shoah à la révolution de 1956 en passant par le suicide de son père.
     
  • Chant de sirènes (Le Bruit du temps), traduit du hongrois par Marc Martin, paru en 2015 : pièce de théâtre aux accents homériques, qui rejoue le chant des sirènes d'Ulysse.
     
  • Mélancolie (Le Bruit du temps), traduit du hongrois par Marc Martin, paru en 2015 : court texte méditatif sur la mémoire et l'âme.
     
  • La Fin d'un roman de famille (Le Bruit du temps), paru en 2014, en première édition française chez Plon en 1991 : premier volet du triptyque formé avec Le Livre des mémoires et Histoires parallèles, récit d'une enfance dans la Hongrie stalinienne.
     
  • Histoires parallèles (Plon), traduit du hongrois par Marc Martin, paru le 8 mars 2012 : roman-fleuve de plus de mille pages, écrit en dix-huit ans, où une centaine de personnages traversent soixante ans d'histoire européenne, du nazisme à la Hongrie postcommuniste.
     
  • Minotaure, nouvelles (Plon), paru en 2005 : histoires courtes écrites entre 1960 et 1970, qui puisent dans les mythes et les légendes.
     
  • La mort seul à seul (Les Éditions Noir sur Blanc), paru en 2004 : récit de sa mort clinique après un infarctus du myocarde.
     
  • Amour (Plon), paru en 2000.
     
  • Le Livre des mémoires (Plon), traduit du hongrois par Georges Kassai, paru en 1998 : roman à trois voix alternées, tenu pour son chef-d'œuvre, couronné par le Prix du meilleur livre étranger l'année suivante.
     
  • La Bible (Phébus) et Almanach (Phébus).

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