ÉDITO par Christine Ferrand, rédactrice en chef

Photo OLIVIER DION

En 2012, il n'y aura pas que la présidentielle. Les éditeurs espèrent même que le début de l'année sera propice à la littérature. Mais ils font preuve d'une prudence de Sioux. 480 romans français et étrangers seulement sont annoncés pour janvier et février. C'est le score le plus bas depuis que nous tenons cette comptabilité, c'est-à-dire depuis 1999. En 2011, sur la même période, 510 romans étaient programmés, tandis qu'en 2010 on en comptait 490. Les premiers romans sont un peu plus nombreux qu'en janvier et février derniers, mais les romans étrangers, eux, marquent le pas.

Même en fiction, l'élection présidentielle est bien présente, tout comme l'actualité internationale. Et comme à l'automne, les faits divers offrent aux romanciers le prétexte d'une plongée dans notre société et ses moeurs.

La vie littéraire et le métier d'éditeur apparaissent également comme un thème romanesque dans cette première livraison de l'année. Plutôt sous un éclairage désenchanté. A lire les uns et les autres, un monde s'en va, pas toujours bien formidable mais suffisamment pour laisser quelques regrets, alors que celui qui s'annonce semble carrément inquiétant. Un jugement amer que partagent l'Américain Adam Langer, qui fait le récit d'une arnaque littéraire, et le Français Louis Gardel, pilier du comité de lecture du Seuil et juré Renaudot, qui nous offre une autobiographie sans complaisance. Paul Fournel, qui fut longtemps éditeur avant d'être attaché culturel et directeur littéraire du centre régional des lettres Languedoc-Roussillon, reflète bien, lui aussi, les préoccupations actuelles de ses anciens confrères à travers le portrait d'un éditeur vieillissant face à un iPad. "Il faut aussi que je pense à lire Livres Hebdo, fait-il dire à son narrateur dans La liseuse. [...] Il faut que je lise le dossier sur les droits numériques dont Meunier fait ses cauchemars. Il soutient qu'on peut laisser notre peau d'éditeur dans cette histoire. Il adore se faire peur."

A ce propos, la descente des enquêteurs de la Commission européenne dans les maisons d'édition françaises avant l'été n'a pas encore inspiré de romancier. C'est dommage car le nouvel épisode qui met en scène cinq groupes d'édition mondiaux soupçonnés d'entente illicite avec Apple aurait fourni matière à feuilletonner.

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