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Débuts mitigés pour la vente du fonds Aristophil

Débuts mitigés pour la vente du fonds Aristophil

La première vente prévue pour écouler le fonds de la société de commerce de lettres et de manuscrits anciens a atteint 3,8 millions d’euros. Un montant loin de satisfaire les investisseurs lésés après la mise en liquidation de la société en 2015.

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Par Léopoldine Leblanc,
avec Le Monde,
Créé le 21.12.2017 à 15h42,
Mis à jour le 21.12.2017 à 16h04

Menée par Me Claude Aguttes, la vente inaugurale des collections Aristophil, société spécialisée dans le commerce de lettres et de manuscrits anciens, s’est tenue mercredi 20 décembre à l’hôtel Drouot, à Paris. Les premières acquisitions des 130 000 pièces du fonds d’archives saisies après la mise en liquidation de la société en 2015 ont atteint la somme de 3,8 millions d’euros (frais compris).
 
Certaines pièces ont tenu leur promesse, comme le manuscrit du roman Ursule Mirouët, d’Honoré de Balzac, acquis pour 1 170 000 €, soit la meilleure vente du catalogue. D’autres ont largement dépassé leurs estimations. C’est le cas du manuscrit médiéval Faiz et conquestes d’Alexandre [le Grand], enluminé par Quinte-Curce au XVe siècle, qui s’est vendu 832 000 € pour une estimation entre 300 000 € et 500 000 €. De même, la lettre d’amour de Napoléon Ier à son épouse Joséphine, du 30 mars 1796, a largement dépassé les 60 000-80 000 €  estimés pour atteindre 320 320 €. Malgré ces belles acquisitions, le constat demeure d’une première vente timide avec un taux d’invendus de 29%, comme le témoignage manuscrit d’Helen Churchill Candee, rescapée du Titanic, estimé entre 300 000 € et 400 000 €.
 
 
Une collection riche de trésors nationaux
 
Cette vente est la première d’une longue série. Me Claude Aguttes devrait être épaulé par d’autres maisons pour les quelque 300 ventes, réparties sur six ou sept ans, qui disperseront l’intégralité du fonds. La précieuse collection d'Aristophil réunit 120 000 feuillets autographes d’auteurs et artistes aussi prestigieux qu’Alphonse de Lamartine, Honoré de Balzac, Marcel Proust, Céline, Louis Aragon ou encore Joseph Kessel, René Char, Monet et Gauguin. Dix mille autres objets la complètent, essentiellement des manuscrits.
 
Devant la dispersion à venir de ce patrimoine littéraire, le ministère de la Culture a classé "Trésors nationaux" deux lots majeurs encore au catalogue à la veille de la vente, lundi 18 décembre. Cette mesure interdit désormais la sortie du territoire pour le "rouleau de Sade", manuscrit roulée de douze mètres des 120 Journées de Sodome, ou l’école du libertinage, du marquis de Sade, estimé entre 4 et 6 millions d’euros. Les négociations avec l’Etat débuteront à partir du 1er janvier 2018 et concerneront également un lot estimé à 4 millions d’euros des œuvres d’André Breton, composé de l’original du Manifeste du surréalisme, du Second manifeste du surréalisme et de la série poétique Poisson soluble.

Par ailleurs, le Musée Paul Valéry de Sète a fait valoir son droit de préemption sur un lot de 164 lettres et poèmes de Valéry adressés à sa fille Agathe.
 
 
Des investisseurs démunis
 
Lorsque le président d'Aristophil, Gérard Lhéritier, a fait l’objet d’une mise en examen en 2015 pour "escroquerie en bande organisée et pratique commerciale douteuse", la société n'a pas tardé  à être placée en liquidation la même année. Elle a entraîné dans sa chute 18 000 acquéreurs (en indivision ou en pleine propriété) auxquels elle avait fait miroiter un rendement de 8% par an et la possibilité de revendre les lots au bout de 5 ans. Le total du montage atteint 850 millions d’euros. Mais l’objectif de restituer aux épargnants une partie de leurs pertes devrait être difficile à atteindre.

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