De grands écrivains mobilisés contre le blocage de Twitter en Turquie | Livres Hebdo

Par Manon Quinti, avec The Guardian, le 28.03.2014 à 17h07 (mis à jour le 28.03.2014 à 18h00) Liberté d'expression

De grands écrivains mobilisés contre le blocage de Twitter en Turquie

Salman Rushdie, Alberto Manguel, Günter Grass, Elfriede Jelinek, Orhan Pamuk, Margaret Atwood et d’autres se sont joints à l’appel du PEN Club contre le black-out des réseaux sociaux par le gouvernement Erdogan.

Des écrivains influents ont ajouté leurs noms à une lettre ouverte du PEN, l’association internationale d’écrivains, contre le blocage de Twitter et Youtube en Turquie, rapporte le site web du Guardian, le 28 mars. Le gouvernement turc a interdit l’accès au réseau social le 20 mars. Une semaine après, c’est la plate-forme Youtube qui faisait les frais de la censure d'Etat.
 
Parmi les signataires se trouvent des écrivains turcs comme Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature 2006, et Elif Shafak. Ces deux auteurs ont par le passé été traduits devant la justice pour insulte à l’identité nationale turque”, l’un après avoir évoqué le génocide arménien dans une interview, l’autre pour son roman La bâtarde d’Istanbul (Phébus, 2007). Mais la lettre est aussi signée par des auteurs venant des quatre coins du monde: l’Anglaise Zadie Smith, l’Anglo-pakistanais Salman Rushdie, l’Allemand Günter Grass, le Britannique Salman Ruschdie, la Canadienne Margaret Atwood, le Norvégien Karl Ove Knausgaard, l’Argentin Alberto Manguel ou encore l’Autrichienne Elfriede Jelinek, prix Nobel 2004.

Dans cette lettre, ils rappellent que la Turquie est 154e dans le classement mondial 2014 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, et interpellent les leaders du pays: “Nous les exhortons à se rappeler que ce beau pays sera plus fort et heureux seulement quand on y appréciera le pluralisme, la diversité et la liberté des mots.” Les auteurs soulignent aussi que la décision du tribunal d’Ankara d’invalider le blocage de Twitter n'est pas suivie d'effet.

“Les leaders de la Turquie doivent comprendre que la démocratie ne consiste pas seulement à avoir une majorité de votes dans l’urne, affirme Elif Shafak sur le site du PEN. Au-delà de ça, la démocratie est une culture de la compréhension, de l’ouverture, des droits humains et de la liberté de penser pour chacun et pour tous, sans se soucier du parti pour lequel chacun vote. C’est la réalisation du cœur de la démocratie, ce qui manque cruellement à la Turquie aujourd’hui.”

Cette interdiction intervient dans un contexte politique tendu, alors que les Turcs voteront dimanche aux élections municipales. Ce scrutin s’est transformé en véritable référendum pour ou contre le Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, après la révélation d’affaires de corruption, à partir de la mi-décembre. Pour justifier ce blocage des deux réseaux sociaux, le Premier ministre se dit l’objet d’un complot de ses ex-alliés de la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen.
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