6 OCTOBRE - RÉCIT DE VOYAGES France

Chaque voyageur sait bien que point n'est besoin de se risquer aux antipodes pour trouver le dépaysement, la beauté. Il suffit de savoir regarder, écrivain comme Jean-Marie Laclavetine ou photographe comme son ami Jean-Luc Chapin. L'exotisme peut être à chaque coin de rue.

Les deux compères, l'un Tourangeau d'adoption mais parfaitement "assimilé", l'autre autochtone, se sont donc lancés, au fil du temps, dans une exploration méthodique, tranquille, littéraire et bachique de la Touraine, ou plutôt du département d'Indre-et-Loire (37), chef-lieu Tours. Lequel "a la forme prédestinée d'une feuille de vigne », remarque Laclavetine. Nombre de départements de l'Hexagone devraient, dans ce cas-là, être redessinés. Cette région placide, arpentée par les hordes touristiques seulement pour les plus "de la Loire" de ses innombrables châteaux ("on en trouve bien plus que de logements sociaux à Neuilly-sur-Seine », ironise l'auteur), doit, si aimable soit-elle, être apprivoisée. Balzac, l'un des régionaux de l'étape avec Rabelais, Ronsard, Descartes ou Maurice Genevoix, ne la voyait-il pas comme "l'Indoustan de la France », ou encore sa "Turquie » ?

Jean-Marie Laclavetine ne compte pas, dans ses relations, que des écrivains : au fil de ses pérégrinations, on évoque ou rencontre Max Ernst et Calder, Aube Breton, la fille chérie d'André, Sviatoslav Richter, l'imprimeur Mame ou encore Jean Genet, qui fut "pensionnaire" à Mettray. On déguste aussi des tas de vins (bio, de préférence), chefs-d'oeuvre de la fine fleur des viticulteurs tourangeaux, et on se tape souvent la cloche, car Laclavetine et Chapin sont des gourmets gourmands.

Le propos est aimable, le style élégant, l'humour affleure à chaque page, truffée de private jokes. Mais, Touraine cheminant, l'écrivain n'hésite pas à fustiger un certain monde moderne, frappé par "la lèpre de l'uniformité ». "La laideur, dit-il, provient de ce qui est moyen, de ce qui est identique - et dans l'identique, nous sommes devenus imbattables. » Salutaire colère. Il y a chez Laclavetine un côté Coffe & Petitrenaud, c'est un homme de convictions, un militant fervent de notre patrimoine, qui pense que "si tous les cépages du monde voulaient se donner le pampre, la planète tirerait un peu moins la gueule et la langue ».

Ses périples, l'écrivain les a donc accomplis avec le photographe Jean-Luc Chapin, membre de l'agence Vu et spécialiste de la nature, qui ne travaille qu'en argentique et se montre plus à l'aise dans le détail et le sfumato que dans les portraits et les vieilles pierres. L'album Descente au paradis n'illustre pas Au pays des fainéants sublimes, il le complète. Extraits du texte et photos se répondent, qui feront l'objet d'une exposition du 8 octobre au 4 décembre 2011, à Tours.

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