Même pièce, même disposition et même décoration : depuis trente ans, le bureau d’Anne-Solange Noble n’a pas changé. Au 5 de la rue Gaston Gallimard, c’est bien le seul à ne pas avoir bougé depuis toutes ces années. A la faveur d’une machine à archives colossale et non déplaçable, le service des droits étrangers est resté cantonné au premier étage de l’immeuble historique des éditions Gallimard. Ces sept membres s’apprêtent cependant à vivre une petite révolution préparée depuis trois ans : le départ d’Anne-Solange Noble, trente ans après son arrivée en provenance de chez Flammarion.
Pour lui succéder, Antoine Gallimard a fait appel en 2019 à Judith Rosenzweig, transfuge d’une autre maison du groupe Madrigall, Denoël, après un passage chez Perrin dans les années 2000. D’aucun ont pronostiqué alors « une incompatibilité de caractère » entre les deux fortes-têtes. Au crépuscule de cette longue passation, ponctuée par une année riche en contrats (« un petit millier d’opérations », selon les intéressées), elles nous ont reçu dans « leur » bureau, que l'une s'apprête à laisser à l'autre.
Livres Hebdo : Le service des droits étrangers de Gallimard termine une saison exceptionnelle avec un troisième Nobel en 14 ans. Comment percevez-vous cet état de grâce à chacun de vos niveaux de carrière ?
Anne-Solange Noble : C’est un cadeau pour moi de terminer ma carrière comme ça : le prix Nobel d’Annie Ernaux, c’est la cerise sur le gâteau ! Cela fait trente ans que je vends se
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