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Congrès de l’ABF : la bibliothèque, objet politique

Le 63e congrès de l'ABF s'est déroulé à Paris, Porte de Versailles, hall 5. - Photo PHOTO JULIA SÉCLIN

Congrès de l’ABF : la bibliothèque, objet politique

Consacré aux inégalités territoriales et marqué par la venue de la ministre de la Culture et de plusieurs élus locaux, le 63e congrès de l’ABF a confirmé, du 15 au 17 juin à Paris, l’inscription de plus en plus forte des bibliothèques dans le débat public.

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Par Véronique Heurtematte,
Créé le 23.06.2017 à 00h00,
Mis à jour le 23.06.2017 à 12h39

Les lignes seraient-elles en train de bouger ? Organisé du 15 au 17 juin à Paris, juste à la fin de la campagne de lobbying sans précédent menée par l’Association des bibliothécaires de France (ABF) et l’ONG Bibliothèques sans frontières auprès des candidats aux élections présidentielle et législatives, le 63e congrès de l’ABF a montré que les bibliothèques constituaient plus que jamais un enjeu politique fort. La venue de la nouvelle ministre de la Culture, Françoise Nyssen, et son annonce d’un grand débat national autour des horaires d’ouverture et plus globalement des problématiques de lecture publique, l’inscription de ce projet dans les mesures présidentielles et la promesse de subventions supplémentaires pour le porter, ont contribué à placer le débat à l’échelle nationale.

Le thème du congrès, consacré aux inégalités territoriales et à l’égalité des chances, a quant à lui permis d’interroger la place des bibliothèques dans les politiques locales. "La bibliothèque est partout, dans toutes les actions fortes que nous menons", résume Thierry Falconnet, maire de Chenôve, une commune de l’agglomération dijonnaise dont le quartier prioritaire des politiques de la ville, où est implantée depuis 1982 la bibliothèque, cumule tous les dispositifs d’accompagnement social.

En matière de numérique, d’éducation, d’action sociale ou culturelle, la bibliothèque peut constituer un levier d’action efficace au service des politiques publiques, à condition d’être plus qu’un bâtiment, un projet pensé pour son territoire. "Les bibliothèques peuvent être une réponse à la crise de la démocratie actuelle par la pratique de l’empowerment, qui consiste à donner du pouvoir aux gens, a estimé Julien Talpin, chargé de recherche en science politique au CNRS, mais la condition indispensable est qu’elles soient conçues avec les habitants. Car les institutions publiques sont parfois perçues comme des corps étrangers dans les quartiers populaires."

Pas de consensus pour une loi

Autre sujet éminemment politique, la question de la nécessité d’une loi sur les bibliothèques, de nouveau à l’ordre du jour depuis plusieurs mois, a été débattue sans qu’une position majoritaire puisse être dégagée. "C’est un serpent de mer depuis vingt ans, souligne Cyrille Clavel, l’un des élèves conservateurs à l’Inet (Institut national des études territoriales) qui coorganisaient la session avec six de leurs homologues de l’Enssib (Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques). Les archives, les musées ont leur loi, pas les bibliothèques."

Faudrait-il un cadre général posant des grands principes ou bien des dispositions concernant des points précis tels que la gratuité, le pluralisme des collections, le statut des personnels ? Les bibliothèques relèvent déjà de tout un arsenal législatif, comme l’a rappelé Noé Wagener, docteur en droit public. "Il y a beaucoup de choses dans l’ingénierie juridique qui pourraient mieux régler certains aspects que des dispositions générales, estime-t-il. Pour l’instant, le droit des bibliothèques est régulé plutôt que réglementé. L’Etat accompagne mais n’impose pas, ce qui constitue une conception néolibérale du droit, plutôt à l’avant-garde en matière de politique culturelle publique." Et si la solution consistait à placer le droit des usagers au centre de la réflexion, comme le suggère Gérard Briand, bibliothécaire retraité ? Pour lui, "la formation des professionnels, les collections, l’accueil, tout découlerait logiquement de la qualité de services que les usagers sont en droit d’attendre".

Xavier Galaup : "Il faut mieux faire connaître les actions des bibliothèques"

Le président de l’Association des bibliothécaires de France prévoit de poursuivre le lobbying politique sans précédent mené par l’ABF pendant la campagne électorale.

Très favorablement. Le fait que les horaires des bibliothèques constituent une mesure présidentielle change la donne, symboliquement car beaucoup d’élus sont sensibles aux positions de l’Etat, et concrètement en raison des moyens supplémentaires alloués. Il faut cependant éviter l’effet d’aubaine et ne pas financer, un peu à la va-vite, des projets peu pertinents.

Xavier Galaup. - Photo PHOTO JULIA SÉCLIN

En tant que directeur d’une bibliothèque départementale, je connais bien ce risque. Mais un département ou l’Etat ne peuvent pas se substituer complètement à une commune. Il faut être vigilant sur l’équité dans la répartition des aides. Subventionner jusqu’à 80 % via la Dotation globale de décentralisation l’effort des petites communes pour les extensions d’horaires et seulement à 50 % celui des métropoles est un signal important pour les collectivités locales.

C’est en effet complètement nouveau et nous souhaitons poursuivre cette démarche en partenariat avec Bibliothèques sans frontières. Plus de 300 candidats aux élections législatives ont signé notre pétition citoyenne en faveur des bibliothèques. Nous prévoyons de contacter ceux qui sont devenus députés et de rencontrer les principaux partis politiques pour faire valoir notre point de vue. Les retours des élus sont bons, mais il y a encore à déconstruire une image parfois désuète et à mieux faire connaître tout le foisonnement des actions menées par les bibliothèques.

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