Nature augmentée. Dans le monde futuriste des Ressources naturelles de Christiane Vadnais, il y a déjà des années que l'on s'est regroupé dans de petites communautés rurales ou bien que, dans les grandes villes comme Montréal, on habite sous des biodômes. On vit souvent résigné, au rythme de l'extinction progressive de la biodiversité, même si certains croient toujours pouvoir enrayer la machine. C'est le cas de Clémence Saint-Pierre, responsable de la communication de Torrents, « une entreprise de services environnementaux » qui se targue de lutter contre les caprices de la nature qui n'ont plus rien de naturels. Du haut de sa tour cylindrique végétalisée, Clémence est sur le pied de guerre lorsque l'on annonce que, subitement, les espèces animales ont déserté le golfe du Saint-Laurent ou bien sont mortes, comme ces oiseaux tombés du ciel ou ces baleines échouées... Au même moment est apparue une sorte de trou noir sous-marin qui, en se déplaçant, semble tout avaler sur son passage et qui dérègle les instruments de navigation des navires qui s'en approchent. Les cadres de Torrents décident d'aller larguer dans les eaux du fleuve des méduses augmentées, dotées de robots d'observation et capables d'analyser le phénomène. Mais Clémence se met soudain à ressentir des malaises, alors qu'elle a mis la main dans l'eau de l'aquarium dans lequel l'une des méduses est conservée. Elle a des hallucinations et elle rêve d'eaux mortes, tandis que les manifestants se massent au pied du bâtiment de Torrents, accusant l'entreprise de gagner de l'argent en bricolant de fausses solutions environnementales.
En suivant le périple de Clémence vers le Nord-Est du continent, on croise des membres de communautés qui tentent de s'imprégner de la nature et de fusionner avec ses créatures, avec l'assistance des robots et des IA. Dans ce monde déboussolé, certains préfèrent parfois muter plutôt que de continuer à appartenir à l'espèce humaine, en faisant le pari que celle-ci est condamnée. Dans l'atmosphère parfois gothique et ténébreuse des forêts et des berges sombres, on s'émeut du destin singulier d'un personnage qui perçoit enfin le monde et la nature en passant, comme Alice, de l'autre côté du miroir, et qui se demande quel rôle le monde sauvage souhaiterait le voir jouer. « Nous reconnaissons ce sentiment, celui de n'avoir aucune légitimité, d'être une blessure toute tissée d'erreurs », se confie-t-il.
On se laisse presque bercer par ce roman sensible et envoûtant, à la lisière du fantastique, mais aussi frondeur et porteur d'une pensée originale - non éloignée d'une certaine culture animiste - qui suggère que c'est en devenant augmentée, c'est-à-dire assistée par des IA créés par l'homme, que la Nature serait la mieux préparée à résister précisément à la prédation humaine. Les ressources naturelles est le deuxième roman de la Québécoise Christiane Vadnais - née en 1986 - dont le premier ouvrage, Faunes (Alto, 2018, L'Atalante, 2023), avait raflé de nombreux prix au Canada et avait été traduit en six langues. Elle poursuit ici avec talent une œuvre proche du nature writing sans jamais sombrer dans le cliché d'un monde sauvage qui ne serait que vertueux et sage.
Les ressources naturelles
L'Atalante
Tirage: 3 500 ex.
Prix: 16,50 € ; 240 p.
ISBN: 9791036002694
