Comment sont nées les Rencontres philosophiques de Monaco ?
Charlotte Casiraghi : Tout est parti d’une lettre que j’ai écrite à Robert, qui avait été mon professeur de philosophie en terminale, plusieurs années après avoir quitté le lycée. Je voulais lui dire combien ses cours m’avaient marquée. Nous nous sommes revus, autour d’un café, puis nos échanges se sont multipliés. Peu à peu, avec Raphaël Zagury-Orly, nous avons imaginé un projet qui permettrait de faire vivre la philosophie dans la cité.
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Robert Maggiori : Au départ, on pensait créer un prix de philosophie. Puis nous avons compris qu’il fallait d’abord créer un lieu de rencontre durable. L’enjeu n’était pas l’événementiel, mais l’installation d’un rendez-vous régulier. Depuis dix ans, ces rencontres mensuelles sont devenues un élément essentiel de la vie culturelle monégasque.
Pourquoi la philosophie, aviez-vous le sentiment qu’elle était moins visible que d’autres disciplines ?
R. M. : Il est vrai que d’autres disciplines comme la littérature et l’essai, jouissent d’une grande médiatisation, tandis que la philosophie souffre d’un préjugé persistant : elle serait abstraite, compliquée, réservée à quelques spécialistes. Nous avons voulu démontrer le contraire en abordant des sujets qui concernent tout le monde.
C.C : L’amour, la douleur, la violence, nul ne peut dire « ça ne m’intéresse pas » ! Alors le défi, pour nous, est de faire comprendre la philosophie en renonçant au jargon. Les intervenants sont des spécialistes rigoureux, mais ils font l’effort de parler une langue compréhensible par tous.
« Il existe aujourd’hui une confusion entre désir, plaisir, besoin et pulsion »
Le thème du désir a-t-il été consensuel ou âprement débattu ?
C. C. : Débattu, bien sûr. Le débat donne de l’intensité à cette aventure. Nous avons hésité notamment avec la notion de confiance. Mais nous avons constaté qu’il existe aujourd’hui une confusion entre désir, plaisir, besoin et pulsion. Nous avons aussi le sentiment que le désir s’érode dans plusieurs domaines de l’existence.
R. M. : De plus, le désir traverse tous les champs de l’expérience humaine. Il permet de parler de l’amour, de Dieu, d’enfant ou encore de politique.
Le désir, quoi de neuf sous le soleil ? Comment l’interroger, notamment auprès des plus jeunes ?
R. M. : Bien sûr qu’il y a les grands textes, de Platon à Spinoza. Mais il s’agit de comprendre ce que le désir signifie aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux, des algorithmes et de la gratification immédiate.
C. C. : Nous vivons dans une époque où l’on cherche souvent à soulager immédiatement une excitation ou une frustration. Or le désir suppose une forme de durée, parfois même une confrontation à l’inconnu. Le désir implique l’attente. C’est ce qui le distingue du besoin. Avec les outils numériques, nous avons pris l’habitude d’obtenir des réponses instantanées. Cette logique de satisfaction immédiate peut fragiliser notre capacité à désirer.
Depuis dix ans, sentez-vous un regain d’intérêt pour la philosophie ?
C. C. : Très clairement. Depuis quelques années, et particulièrement depuis la pandémie, nous observons un besoin croissant de réflexion. Les gens cherchent des espaces où ils peuvent prendre du recul face aux flux permanents d’informations.
« Comment penser aujourd’hui un désir masculin qui intègre ce que les femmes ont apporté à notre compréhension des relations, du consentement et de l’amour ? »
R. M. : Cela montre que la pensée rapide ne suffit pas. Le désir de philosopher est bien vivant.
Quelle rencontre attendez-vous le plus cette saison ?
R. M. : Celle consacrée au désir masculin. Je m’interroge sur la résurgence de certaines formes de virilisme et de masculinisme. Comment penser aujourd’hui un désir masculin qui intègre ce que les femmes ont apporté à notre compréhension des relations, du consentement et de l’amour ?
C. C. : J’attends particulièrement la rencontre « Désir, plaisir et addiction », avec Sarah Chiche, ainsi que celle consacrée au désir d’aventure. Les questions d’addiction et d’imaginaire me semblent essentielles aujourd’hui.
Addiction et aventure, deux notions que vous abordiez déjà dans votre livre La fêlure, aux éditions Julliard ?
C.C. Exactement.
Semaine PhiloMonaco 2026, tables rondes, déjeuners-philo, ateliers, disponibles en lives et podcasts, du mercredi 24 au dimanche 28 juin https://philomonaco.com/cycles/semaine-philomonaco-2026/
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