Calligram, éditeur high-tech | Livres Hebdo

Par Claude Combet, le 07.09.2012 (mis à jour le 20.10.2014 à 12h40) JEUNESSE

Calligram, éditeur high-tech

Calligram, la maison fondée en Suisse par Christian Gallimard, fête ses 20 ans, le succès de Max et Lili et... les nouvelles technologies.

Toute l'équipe de Calligram : Dorothée Quénardel, Sébastien Esposito, Cindy Wagner, Pascale Gallimard, Amélie Desmet et Christian Gallimard. - Photo © CALLIGRAM

Je n'ai rien fait d'original, juste un boulot de précision. J'ai mis en pratique le business plan que j'avais en tête et j'ai utilisé l'expérience acquise avec Folio, puis chez Edito-Services et Atlas quand je suis arrivé en Suisse", assure Christian Gallimard, en dressant le bilan des 20 ans de Calligram, la maison d'édition jeunesse qu'il a fondée en Suisse avec sa femme Pascale. Alors que le monde de l'édition s'inquiète, le frère d'Antoine Gallimard, toujours aussi discret, notamment sur son chiffre d'affaires, sort de l'ombre pour "délivrer un message positif", montrer qu'on peut "trouver des solutions pour affronter la crise : diminuer les coûts de production, réduire les frais généraux et les stocks, jouer sur la diversification commerciale".

Sa recette ? Passionné de nouvelles technologies, Christian Gallimard a misé sur l'informatique et a réuni toute son activité dans trois bases de données. La première, éditoriale, renferme tous les textes et toutes les images des vingt-cinq nouveautés publiées chaque année. Elle lui permet notamment de sortir les produits dérivés -livres-jeux, jeux à plateau, calendriers, papeterie, et même des applications - sans avoir recours à de nouvelles illustrations. La deuxième, commerciale, est consacrée aux points de vente. "Nous faisons du géo-marketing, nous affinons les assortiments en fonction de ce que vendent les libraires, nous travaillons les zones où nous ne sommes pas présents", >précise Christian Gallimard, qui dit avoir retenu la leçon des fascicules Atlas, "10 % du chiffre d'affaires perdus par jour de retard, quand le client n'est pas livré". Etre à l'écoute des libraires - la maison, qui réalise 30 % de son chiffre d'affaires avec la Suisse, la Belgique et le Canada, ne pratique pas la tabelle -, et être présent partout - chez Schilliger (une chaîne suisse de décoration et de jardinage), King Jouet, et même à la poste de Coppet, le petit village sur le lac de Genève où Calligram est installé - sont ses credo.

La troisième, administrative, est une création "maison" et gère toutes les données par titre (tirages, réimpressions, ventes) : chaque facture est entrée par l'équipe et le système génère automatiquement, grâce à l'interface qu'il a développée, le prix de revient, une sortie immédiate de la déclaration de TVA et de la comptabilité auteurs.

Ces bases de données nécessitent un équipement informatique puissant. Serveurs et scanners dernier cri envahissent l'ancien hangar à bateaux où travaillent l'équipe et une partie de la maison personnelle de Christian et Pascale Gallimard. De fait, Calligram possède un véritable studio de création, agréé norme ISO, qui peut travailler directement avec les imprimeurs. "J'ai été le premier à transférer chez l'imprimeur des fichiers "direct to plate". Maintenant tout le monde le fait", s'exclame-t-il, ajoutant que la sophistication de ses machines lui permet de vérifier "l'imposition du texte et l'harmonisation du profil couleurs" avec le même niveau de qualité que dans une imprimerie.

15 MILLIONS D'EXEMPLAIRES POUR "MAX ET LILI"

Max et Lili a 20 ans, comme Calligram. Chaque aventure du duo imaginé par Dominique de Saint Marc, et mise en bande dessinée par Serge Bloch, traite du quotidien des jeunes : la mort d'un grand-père, le divorce, un racket... Calligram en vend désormais chaque année 1,5 million d'exemplaires et en a écoulé 15 millions depuis 1992. Pour fêter cet anniversaire, l'éditeur propose, outre un agenda et un calendrier parus en juin, le numéro 100, Max et Lili ont des pouvoirs magiques, sous une couverture lenticulaire à tirage limité (70 000 ex.), un jeu de plateau Max et Lili, du type Trivial Pursuit, conçu par Pascale Gallimard, et... quatre applications tirées des albums, Lili est harcelée à l'école, Max et Lili ne font pas leurs devoirs, Lili se dispute avec son frère, Lili veut être une star et... Lili se fait piéger sur Internet.

Equipe restreinte de six personnes, toutes polyvalentes, et sous-traitance lui permettent aussi de diminuer les frais. "Je pilote une tour de contrôle : beaucoup de choses sont faites à l'extérieur", s'amuse-t-il, revendiquant le slogan "small is beautiful". Mais sa grande fierté est d'avoir réussi à entraîner trois de ses quatre enfants dans l'aventure. Son plus jeune fils, Robin, a travaillé aux pilotes des dessins animés Max et Lili, et Paco, qui n'ont pas vu le jour "parce que les télévisions voulaient les droits des produits dérivés" mais qui vont être utilisés pour les futures applications. Et ses deux filles sont très impliquées. Pauline est la directrice artistique de la maison et pilote, depuis Paris, couvertures, maquettes et autres visuels... Clémence, spécialiste de l'e-learning, apporte ses connaissances informatiques. Ce sont elles qui ont insisté pour que Calligram ait son site (Calligram.ue) : il sera prêt pour la fin de l'année. En attendant, Pascale Gallimard travaille à un projet fou d'éditeur, un Roi Ubu dessiné par Serge Bloch avec des lettres créées par Massin, le grand typographe... créateur de la première couverture de Folio.

Mais Christian Gallimard, jamais à court d'idées, ne veut pas en rester là. Il est discrètement en train de s'implanter aux Pays-Bas et en Espagne, où il publiera directement ses livres, et négocie pour coproduire avec les Chinois. Avec la même volonté de tout maîtriser.

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