4 NOVEMBRE - HISTOIRE France

A Constantinople, tout se concentre dans l'hippodrome, raconte Gilbert Dagron. Ce grand spécialiste du monde byzantin et professeur honoraire au Collège de France, explique comment cet édifice est devenu à partir du Ve siècle le carrefour obligé de la culture populaire et de la vie politique, jusqu'à son incendie avant la prise de la ville par les croisés en 1204.

Il est stupéfiant de constater combien un lieu peut être lié à ce point à une société et même à une civilisation. "L'hippodrome et son peuple, servile ou révolté, devinrent des pièces maîtresses dans la construction d'un contre-modèle européen." Il servit même à des expériences scientifiques et fut le centre d'attraction de toutes les manifestations du transport constantinopolitain.

Autour des chevaux, du hasard et de l'argent s'organise une cité qui devient romaine loin de Rome. Les sociétés de courses se transforment en partis politiques où les Bleus orthodoxes s'opposent aux Verts monophysites, pour qui le Christ n'a qu'une nature, divine. L'hippodrome s'impose comme le dernier endroit où le peuple peut se faire entendre par l'empereur, un lieu où le jeu et la politique s'articulent selon des codes, un livre des cérémonies et le calendrier des courses. En multipliant les coups de sonde, dans la thématique comme dans la chronologie, Gilbert Dagron montre "comment un jeu, chargé à Rome de religiosité et d'histoire, a perdu dans la Nouvelle Rome tout ancrage avec les anciens rituels, tout en gardant leur sens dans leur plus profonde authenticité". Une façon originale, de raconter Byzance.

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