Un jour, elle a changé. De prénom. Mine de rien, ce n'est pas rien. Ce peut être parfois sortir des assignations à résidence. Bref, un jour d'après l'enfance, d'après l'arrivée à Paris et l'angoisse du champ des possibles, la voilà devenue Blandine. La belle affaire.

Ci-joint donc, Blandine Rinkel, rencontrée à Paris dans un café de ce 18e arrondissement qui est sien, toute en grâce timide, méfiante, courtoise. Elle a publié à 20 ans et des poussières un premier roman parmi les plus beaux de ces dernières années. Cela s'appelait L'abandon des prétentions et tournait autour d'une prof retraitée dans la banlieue de Nantes, un personnage de mère, pour une fois ni excessive ni accablée. Cette incursion provinciale de la part d'une jeune femme dont la rumeur parisienne faisait déjà son miel (il était question de musique, d'égérie, de collectifs artistiques, de textes encore épars et de tribunes éclatantes de vérité générationnelle) impressionnait par sa tenue, son évidence froide et tendre à la fois. Il y aurait donc autre chose, un deuxième livre : le voilà, Le nom secret des choses, né du fantôme d'un autre. « J'ai d'abord perdu un premier manuscrit, et cette perte, vécue initialement comme un désastre, a fini par me renseigner sur ma propre duplicité », raconte-t-elle. Ce roman est imprégné encore des interrogations identitaires (notamment le changement de prénom) qui faisaient tout le sel du premier.

Une joie d'enfant

C'est l'histoire d'une fille qui arrive à Paris, Océane, bientôt Blandine donc, y vit un peu à la petite semaine, se heurte à des codes sociaux, culturels et de comportements, qui ne sont pas les siens, mais dont elle devine confusément l'imposture. Elle rencontre une autre fille, Elsa, et s'adonne sans réserve à cette amitié coruscante et fragile. « Je suis partie à Marseille, écrire, 6 000 signes par jour, avec quelques livres, Mars de Fritz Zorn ou Haut fonctionnaire de Bayon, pour l'exigence de ne pas tricher. Tout cela a pris la figure d'un aveu, d'un roman d'apprentissage. » Plus que l'aveu (nul « marécage » autofictionnel dans ce qu'elle écrit), c'est la triche, son refus altier, qui fait d'elle l'écrivaine qu'elle est.

La femme aussi, fille d'une enseignante d'anglais et d'un marin devenu douanier. Elle lit alors sans hiérarchie de la Comtesse de Ségur à Marc Levy, plus tardMoi, ChristianeF., Virginia Woolf ou Henry Miller. Elle déclare s'être sentie très tôt « responsable de l'ennui des autres ». On connaît des romanciers qui le sont devenus pour moins que ça...Il y aura donc Paris, et puis Londres un moment, des petits boulots, des bouts de texte jetés sur la toile comme autant de propositions. Elle rencontre le compositeur Bertrand Burgalat qui l'encourage vivement, puis Philippe Vasset, Mathieu Larnaudie, et enfin celle qui va devenir chez Fayard son éditrice et amie, Stéphanie Polack. Elle dit : « être publiée, ça légitime. Ma vie aussi. » Cette vie est désormais aussi faite des plaisirs et des jours passés avec son groupe Catastrophe, collectif lancé comme une plaisanterie métaphysique, une insolence (« il était question au début de faire de la philosophie sous poppers ») et désormais très repéré sur la jeune scène musicale française tout en ayant signé un livre-manifeste,La nuit est encore jeune(Pauvert, 2017). Comme Blandine Rinkel se dit en proie à « l'anxiété contemporaine », elle ajoute que « la scène éloigne la peur, il y a une sauvagerie, une joie d'enfant. C'est aussi l'amitié »A leur façon, ses livres aussi, profondément honnêtes, nous parlent de ça. Sans jamais bavarder.

Blandine Rinkel
Le nom secret des choses
Fayard
Tirage: 4 500 ex.
Prix: 19,50 euros
ISBN: 9782213712901

En dates

29 mars 1991

Naissance à Rezé (Loire-Atlantique)

Fin 2006

Première lecture des « Vagues » de Virginia Woolf

juin 2009

Arrivée à Paris

janvier 2017

« L'abandon des prétentions » (Fayard)

janvier 2018

Sortie du disque « La nuit est encore jeune »


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