La fragilité du vivant. La rhytine de Steller, également nommée « vache de mer », détient un sinistre record, celui de l'animal ayant existé le moins longtemps aux yeux des hommes. Victime de la « ruée vers l'or gras », combustible des lampes à huile, elle s'est éteinte vingt-sept ans après avoir été identifiée en 1741 par le naturaliste allemand Georg Wilhelm Steller sur l'île Béring, au large du Kamtchatka. Adèle Rosenfeld, finaliste du Goncourt du premier roman avec Les méduses n'ont pas d'oreilles (Grasset, 2022), rencontre cette espèce à Paris, au Muséum d'histoire naturelle, chaque vertèbre de son squelette suspendu formant une « voûte d'ogive » au-dessus d'elle. « Immédiatement il m'a paru évident que j'attendais d'elle qu'elle me confiât son histoire. » Une histoire dans laquelle Adèle Rosenfeld nous embarque avec brio. On y découvre le vaisseau de Steller, échoué sur l'île Béring. Pour survivre, l'équipage chasse les vaches de mer pendant que le naturaliste les observe, développe envers elles une empathie qui ne suffira pas à prévenir leur massacre. À l'instar du tigre de Tasmanie ou de l'aurochs, la vache de mer fait partie d'un projet de dé-extinction, visant à faire revivre des espèces éteintes. Un projet que l'autrice relie à l'histoire d'un grand-père qu'elle accompagne dans ses derniers instants, la vache de mer s'invitant entre eux tel un « nuage métaphorique ». Ce texte d'une beauté fulgurante allie récit d'aventure, réflexion sur l'incidence de l'action humaine sur la nature et quête métaphysique. Transcendant de sa plume le triste destin de la vache de mer, Adèle Rosenfeld lui offre d'entrer en littérature et d'exister aux yeux de lecteurs qui ne défileront plus indifférents sous son squelette.
L'extinction des vaches de mer
Grasset
Tirage: 5 700 ex.
Prix: 17 € ; 160 p.
ISBN: 9782246839026
