12 % de Français ne sont jamais allés en bibliothèque | Livres Hebdo

Par Véronique Heurtematte, le 11.10.2019 à 08h48 (mis à jour le 11.10.2019 à 13h28) Enquête

12 % de Français ne sont jamais allés en bibliothèque

La bibliothèque Léon Deubel à Belfort. - Photo DR

Nouveau volet d’un vaste travail d'analyse mené sur la fréquentation des bibliothèques de lecture publique et l'image qu'elles ont auprès des habitants, l’étude sur les non-usagers confiée en 2019 à Ipsos par le ministère de la Culture fournit une analyse détaillée de ces publics potentiels à conquérir.

Qui sont les non-usagers des bibliothèques ? Comment perçoivent-ils les bibliothèques ? Qu'est-ce qui freine leur fréquentation des bibliothèques ? C’est à ces trois questions centrales que répond la récente enquête confiée en 2019 à Ipsos par le ministère de la Culture.
 
L’étude, menée auprès d’un échantillon de 1001 Français de 18 ans et plus ne s’étant pas rendus en bibliothèque au cours de l’année écoulée, fournit une analyse fine de cette population et de leur perception des bibliothèques.
 
Distinguer les non-usagers absolus des "abandonnistes"

Premier enseignement de cette enquête : les non-usagers ne constituent pas un ensemble homogène. 12% des personnes interrogées ne sont jamais allées dans une bibliothèque, et constituent les "non-usagers absolus". Parmi les 88% de répondants étant déjà allés en bibliothèque, appelés "abandonnistes", 57% s’y sont rendus il y a plus de 5 ans.  
 
Sur l’ensemble des non-usagers, 75% sont des urbains, 51% sont des hommes et 55% sont des actifs.
 
Une perception positive de la bibliothèque

Autre fait saillant de l’enquête, la non fréquentation n’est pas liée à une mauvaise image de la bibliothèque. 92% des répondants ont une très bonne image (18%) ou plutôt bonne image (74%) des bibliothèques. Si les personnes interrogées ne fréquentent pas les bibliothèques, elles leur attribuent cependant une forte valeur. 95% considèrent que les bibliothèques permettent aux gens de se cultiver, 92% estiment que leur présence apporte de la valeur à un quartier ou à une ville, 89% pensent que le personnel des bibliothèques est généralement sympathique et serviable, et 88% trouvent les bibliothèques accueillantes.
 
41% reconnaissent en revanche ne pas bien connaître l’offre des bibliothèques, et 18% ne pas la connaître du tout.
 
Les non-usagers majoritairement sédentaires

Les non-usagers des bibliothèques ont majoritairement des pratiques culturelles très sédentaires. 89% déclarent avoir écouté de la musique au moins une fois par mois, 88% avoir regardé un film à la maison, et 78% une série. En revanche, seuls 17% sont allés au cinéma, 6% voir un spectacle, 4% visiter un musée ou voir une exposition.
 
Cette sédentarité se retrouve au cœur des raisons invoquées par les personnes interrogées pour expliquer leur non fréquentation des bibliothèques. 42% disent préférer voir des films ou écouter de la musique chez eux, 38% préfèrent acheter eux-mêmes leurs livres, CD ou DVD, et 35% disent qu’aller à la bibliothèque ne leur vient simplement pas à l’esprit. 19% trouvent que la bibliothèque où ils pourraient aller n’est pas adaptée à leurs besoins, et 12% disent que les bibliothèques sont des lieux où ils ne se sentent pas bien.

"Les raisons de non fréquentation ne sont pas vraiment liées à l’expérience des personnes en bibliothèque ou au lieu lui-même mais à des raisons autres, a souligné Quentin Auffret, chargé de mission à l’Observatoire de la lecture publique du ministère de la Culture, lors d’un échange avec Livres Hebdo. La fréquentation et l’abandon de la fréquentation sont liés à des trajectoires de vie".
 
Des leviers difficiles à activer

Les réponses à la liste des raisons qui pourraient inciter les répondants à aller en bibliothèque ne permettent pas de dégager des motifs massivement plébiscités. 68 % des répondants voudraient pouvoir vérifier la disponibilité d’un ouvrage et le réserver à l’avance, 65% aimeraient une offre plus adaptée à leurs goûts, 63% voudraient avoir l’assurance de trouver les nouveautés et 61% évoquent la gratuité.
 
A la question "Pourquoi la bibliothèque la plus proche de chez vous n’est-elle pas adaptée pour vous ?", 39% des personnes sondées répondent qu’elle est trop loin de chez eux, 34% que ses horaires ne leur conviennent pas, 32% que l’offre ne leur convient pas.
 
Cependant, mieux les personnes connaissent les bibliothèques, plus elles sont incitées à recommencer à les fréquenter. Au global, 49% des sondés disent regretter de ne pas aller plus souvent en bibliothèque, mais le chiffre monte à 65% parmi les abandonnistes de moins de 5 ans.
 
"Cette enquête confirme que les bibliothèques bénéficient d’une forte légitimité, y compris auprès des personnes qui ne les fréquentent pas, analyse Quentin Auffret. Mais les non-usagers en connaissent mal l’offre et les services. Il serait intéressant de mieux communiquer pour donner une meilleure visibilité aux bibliothèques et à leur offre. Il faudrait également travailler autour de la problématique de l’accès car on voit que la sédentarité est une cause significative de non-fréquentation".
 
Cette enquête constitue un nouveau volet au vaste travail d’analyse des publics et des non-publics des bibliothèques, d’évaluation de leur image parmi les citoyens et de leur impact dans la société, entamé par le ministère de la Culture depuis 2016.
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