Voyage au pays de la romance | Livres Hebdo

Par Isabel Contreras, le 11.04.2019 à 17h42 (mis à jour le 11.04.2019 à 21h33) Reportage

Voyage au pays de la romance

Début avril, plus de 800 lectrices issues de 22 pays se sont rendues à la Rare, l'une des plus grosses conventions itinérantes de romance au monde, organisée pour la première fois à Paris.

Une pile de livres sous le bras, poussant en même temps sa valise, Evanne fait la queue sinueuse qui la mène vers son idole, l'auteure américaine Jennifer Armentrout. Accompagnée de deux copines, Lucie et Ouidad, cette comptable de 27 ans trépigne d'impatience. "Je suis venue exprès depuis Rouen et Lucie m'a rejoint depuis Angers. Ouidad habite en région parisienne. Nous avons lu tous les livres de Jennifer Armentrout, nous attendons ce moment depuis longtemps !", s'exclame-t-elle. Ses amies, encombrées elles aussi de livres, s'esclaffent. Des centaines de femmes les entourent  : bienvenue à la Rare, l'une des plus grosses conventions itinérantes de romance au monde. Organisée pour la première fois à Paris, samedi 6 avril, cet événement a réuni dans un grand hôtel plus de 800 lectrices de romance venues rencontrer 87 auteures dont les stars Tillie Cole, Georgia Caldera, Jennifer Armentrout et Teri Wilson.

A la tête de l'organisation, Amy Jennings, une Américaine de 48 ans, résidente de Lynchburg, ville de 80 000 âmes située en Virginie. "Je me suis intéressée à la romance en 2012, quand la parution de Cinquante nuances de Grey de E.L James a été boycottée dans ma ville. Ce livre a été une révélation, j'ai découvert un genre et une communauté. Aujourd'hui, j'ai une deuxième famille", explique cette ancienne employée d'une compagnie d'assurances. En 2014, Amy Jennings décide "avec sa bande de copines" d'introduire des séances de dédicaces géantes à l'étranger, s'inspirant d'un concept très populaire aux Etats-Unis.

La première édition de la Rare (Romance Authors and Readers Events) est alors lancée à Edimbourgh, en Ecosse. Le succès est immédiat, les places s'envolent en quelques heures. Surtout, les auteures s'y inscrivent en nombre, décidées à y assister à leurs frais. "C'est toute la particularité de la Rare. Les auteures de romance, pour beaucoup autoéditées, trouvent dans ces signatures une manière d'entretenir leurs rapports avec leurs lectrices, de rester en contact avec elles", fait valoir Amy Jennings.

Pour devenir une "Rarette"

A la Rare, moyennant 55 euros, certaines participantes peuvent bénéficier d'un moment VIP avec les stars, une heure avant l'ouverture officielle du salon. Le billet standard s'élève à 40 euros. Les auteures (ou leur maison d'édition) doivent couvrir le coût d'une table à 355 euros. En parallèle, elles investissent aussi dans des goodies, indispensables dans ce genre d'évènement : outre les tot-bags, stylos et autres pins, des préservatifs, des bonbons, des magnets, des barrettes pour les cheveux... "Les goodies singularisent chaque édition. Des lectrices organisent ensuite sur Facebook des tirages au sort ou des concours pour les faire gagner à toutes celles qui n'ont pas pu y assister", avance Camille Mofidi, responsable Europe de Kobo Writing Life, la plateforme d'autoédition de la librairie numérique.

Chaque fan peut se faire dédicacer six livres maximum par auteure. Elles écrivent leur prénom sur un post-it en haut de la pile d'ouvrages pour faciliter la signature (et éviter les fautes d'orthographe). Pendant qu'elle signe, l'auteure prend quelques minutes pour poser des questions à ses fans, souvent sur leur vie personnelle. Dans le même temps, une "Rarette" bénévole, comme elles se surnomment, dirige la file d'attente et distribue des bracelets numerotés. "Au lieu d'attendre notre tour pendant des heures, les bracelets nous permettent de nous balader librement dans la salle et d'aller à la rencontre d'autres auteures moins sollicitées. Dès que notre numéro approche, on revient à la file d'attente. Nous ne perdons pas une seconde", explique Jane en arborant pas moins de six bracelets fluo.

Des équipes bénévoles

La Rare est une organisation à but non lucratif,  précise Amy Jennings. "La billeterie ainsi que les stands nous permettent de louer la salle et de réserver quelques chambres d'hôtel pour l'équipe", assure-t-elle. Interrogée sur ses frais personnels, l'organisatrice affirme que la Rare couvre uniquement sa chambre d'hôtel. "Les équipes sont bénévoles. Nous agissons en communauté solidaire. Dans chaque ville, une fille est nommée ambassadrice et pilote la mise en œuvre sur place", souligne l'organisatrice. Les "Rarettes" françaises se sont aussi occupées de trouver le libraire partenaire de la manifestation, Le Furet du Nord. "J'ai été contactée par Aurélie qui détient le blog The lovely teacher addictions. J'ai trouvé sa proposition intéressante, une opportunité aussi pour notre nouveau magasin situé à Roissy, dans le centre commercial Aeroville, de participer à un événement en région parisienne", déclare Jean-François Callens, responsable de la communication et de l'événementiel au Furet du Nord.

Plusieurs éditeurs français tels J'ai lu, Harlequin, Addictives ou Juno Publishing ont participé à l'événement. D'autres, comme Bragelonne, Diva ou Hugo Publishing n'ont pas suivi. "Nous avons une autre conception des festivals et des rencontres entre auteures de romance et lectrices", explique Arthur de Saint Vincent, directeur général délégué d'Hugo Publishing. Organisateur de son propre festival, New Romance, Hugo Publishing réunit ses auteures phares une fois par an, pendant deux jours. "Nous respectons des événements comme la Rare, certaines de nos auteures y ont participé. Mais de notre côté, on soutient des festivals où les frais des auteures sont pris en charge par l'éditeur, où des rencontres sont organisées, où des dîners de gala permettent aux lectrices de s'y retrouver. Nous allons plus loin", pointe l'éditeur.

La prochaine Rare se tiendra à Londres en septembre, avant de poser ses valises à Melbourne, en 2020.
 

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