Les embarras convergents de la ministre de la Culture et d’Actes Sud, qui se sont poursuivis cette semaine par une intervention de la police dans les locaux parisiens du groupe, en masquent d’autres, qui concernent cette fois plus largement les professions du livre. Le gouvernement a pris en juillet la décision inédite, sur la proposition de Françoise Nyssen elle-même, après consultation de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, a-t-il été précisé, de retirer à la ministre de la Culture la responsabilité de la régulation de la chaîne du livre et la tutelle du Centre national du livre. Celles-ci ont été transférées au Premier ministre. Aussi éthique qu’elle paraisse, cette décision débouche sur un double problème.

D’une part, à une époque où se multiplient les connexions entre les différentes industries culturelles, qui s’interpénètrent autour de nombreux projets et qui sont souvent confrontées à des défis analogues, cet apartheid culturel n’a guère de sens. Il en a d’autant moins qu’il traverse le monde du livre lui-même puisque la ministre de la Culture continuera à suivre la lecture publique et les bibliothèques, tandis que les éditeurs, les libraires ou encore les organisateurs de festivals ou de salons du livre relèveront d’Edouard Philippe. Verra-t-on un jour un ministre de la Santé suivre les hôpitaux, mais pas les médecins ? Un ministre des Transports ne plus s’occuper de l’automobile ? Un ministre de l’Agriculture se désintéresser de l’élevage ?

D’autre part, qui peut croire que le Premier ministre, malgré son fort engagement personnel en faveur du livre et de la lecture, pourra s’impliquer directement dans les dossiers qui préoccupent la chaîne du livre, qu’il s’agisse du statut et de la rémunération des directeurs de collection ou plus largement des modalités de l’accompagnement et du soutien à l’édition et à la librairie ? Le livre ressort de la séquence estivale en victime collatérale d’un curieux bricolage gouvernemental.


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