À fleur de terre. Lait cru, c'est le parti des choses rurales - la campagne, les bêtes et les hommes qui l'habitent. Contrairement à la ville qui est un rêve de monde, « un condensé de l'ailleurs [...], la campagne n'a rien à perdre. Elle hurle en vain entre deux jachères ». Le narrateur du premier roman du Québécois Steve Poutré, lauréat du Prix du Gouverneur général, chante la vie de ces exploitants agricoles à travers une langue à la fois poétique et âpre. La terre des gens qui la labourent, en récoltent les fruits et y élèvent leur bétail n'a pourtant rien de bucolique. Elle n'est pas la nature fantasmée par les citadins, elle ne correspond pas non plus à une robinsonnade divorcée d'avec toute logique industrielle. Le plancher des vaches sent la bouse et la précarité économique. Et en vaches, on s'y connaît dans la famille du narrateur, ses parents sont des fermiers laitiers. En visite chez un cousin cultivateur qui l'amène dans « une étable étrangement vide », il constate le néant d'avenir. Lui ne se projette pas, se contente de plonger dans le réel.
Mais il est sans doute trop sensible. Le voilà qui séjourne en hôpital psychiatrique. Et de nous livrer ses souvenirs d'enfance, parmi les trayeuses et les auges, au sein de sa turbulente fratrie. Il libère par sensations et images des fantômes bien présents et des démons encore violents. La poésie de cette voix qui témoigne d'un quotidien fruste tient de la matérialité même de cette existence terrienne. Comme si le regard aigu du narrateur nous faisait toucher du doigt le concret de la vie, comme si c'était au ras du sol qu'on palpe mieux le cœur des choses.
Lait cru
Éditions les Escales
Tirage: 5 000 ex.
Prix: 21 € ; 256 p.
ISBN: 9782365699723
