Shoah, identité sexuelle : les manuels scolaires chahutés | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, avec vt, et afp, le 30.08.2011

Shoah, identité sexuelle : les manuels scolaires chahutés

Dans une tribune dans le Monde, Claude Lanzmann s'indigne de la suppression du terme “Shoah” dans les manuels scolaires, tandis que 80 députés UMP réclament le retrait de manuels expliquant l'identité sexuelle.

Les manuels scolaires subissent une rentrée agitée. La sémantique peut provoquer des protestations et réactions.

Claude Lanzmann, écrivain et cinéaste, réagit aujourd'hui dans une Tribune du journal Le Monde à la suppression du terme "Shoah" des manuels scolaires. « A la faveur de l'été, un mauvais coup se perpètre à l'éducation nationale et chez les éditeurs qui publient les manuels d'enseignement de l'histoire destinés aux élèves de première de tous les lycées de France et des autres établissements qui les préparent au baccalauréat » écrit-il. La supression du mot « Shoah » fait pourtant suite à une circulaire, parue dans le bulletin officiel spécial n°7 de septembre 2010 de l'éducation nationale. « A ceux qui s'étonnaient, il était alors répondu que le bulletin officiel n'était pas le journal officiel de la République et qu'il ne reflétait qu'une "tendance" de l'éducation nationale » ajoute-t-il.

Lanzmann souligne que « le mot "Shoah" est éradiqué, mais pour la première fois, dans un manuel d'histoire (Hachette), apparaît celui de "Nakhba", terme en miroir, forgé par les Palestiniens pour nommer leur propre catastrophe : la création de l'Etat d'Israël.» Lanzmann accuse Dominique Borne d'avoir été à l'initiative de cette mesure lorsqu'il était doyen de l'inspection générale d'histoire au ministère français de l'éducation nationale. Celui-ci, selon l'écrivain, « déclarait sans précaution ni fard : "Il faut bannir le mot "Shoah" des manuels, car c'est un mot étranger."»

Claude Lanzmann montre que la circulaire a été suivie d'effet, pointant que certains manuels (Hatier, Magnard ) parlent de « génocide juif », tandis que d'autres de « génocide nazi ». « Le manuel des éditions Hachette, précise-t-il, qui suit à cent pour cent la recommandation du bulletin de l'éducation nationale, nous le dit on ne peut plus clairement : il faut utiliser désormais le mot "anéantissement"

La théorie du genre sexuel chez Hachette


Par ailleurs, 80 députés UMP ont demandé ce mardi au ministre de l'Education nationale, Luc Chatel, le retrait de manuels scolaires qui expliquent "l'identité sexuelle" des individus autant par le contexte socio-culturel que par leur sexe biologique.

Ces parlementaires, parmi lesquels Christian Vanneste, Lionnel Luca et Jacques Myard, fondateurs du collectif de la Droite populaire, Bernard Debré, Eric Raoult et Hervé Mariton, conduits par Richard Maillé, ont ainsi écho aux critiques exprimées sur le même sujet au printemps par la direction de l'enseignement catholique.

Dans une lettre au ministre, ils estiment que ces manuels de SVT (Sciences et vie de la terre) de classe de première font référence à "la théorie du genre sexuel". "Selon cette théorie, les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualités: homosexuels, hétérosexuels, bisexuels, transsexuels", écrivent-ils.

Ils estiment que l'Etat doit mieux contrôler les manuels scolaires et exigent le retrait des manuels présentant cette théorie. Or, dans une circulaire du 30 septembre 2010, le ministère indiquait que les programmes de SVT de première devaient comporter un chapitre intitulé "devenir homme ou femme". "Si l'identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l'orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée", précisait la circulaire.
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