1er octobre > roman Etats-Unis

Près de dix ans que Nick Tosches n’avait pas écrit ni publié de romans. Depuis Le roi des Juifs (Albin Michel, 2006, repris au Livre de poche). Le biographe halluciné de Jerry Lee Lewis (Hellfire, Allia, 2001) et de Dean Martin (Dino, Rivages, 2001) reprend le chemin de la fiction avec Moi et le diable, un opus qui a reçu les éloges du New Yorker, de Johnny Depp et de Keith Richards. Le narrateur, Nick, est un écrivain de Manhattan qui n’écrit plus et ne lit plus guère. A la place, il écoute Arvo Pärt, fume et boit. Voici un homme sur le retour qui dit qu’on lui recommande tout le temps de prendre une profonde respiration.

"Quelque part en chemin, quelque chose s’est détraqué. Il n’y a pas grand-chose à ajouter à ça, en fait", lance-t-il. Les souvenirs l’assaillent. Ceux de singes morts, de la Brigade I du Nord, de la jungle. Ivre dans un bar, monsieur capte un soir le sourire d’une jeune femme aux longs cheveux blonds à qui il cite John Milton et Lefty Frizzell pour faire le malin. Ensuite, ce séducteur en quête de chair fraîche tombe sur une rousse prénommée Sandrine. La demoiselle apprécie de faire l’amour après avoir pris un bain d’eau et de lait tiède et s’être brossé les cheveux. Sandrine, il lui mord sa cuisse et goûte son sang.

La tension monte d’un cran quand il croise la route de la troublante Melissa. Nick va commencer à s’apercevoir des vertus revigorantes du sang humain. Sentir qu’il rajeunit malgré une hygiène de vie un peu douteuse. Peu à peu, le lecteur se demande si le héros de Tosches est toujours maître de lui, si ce qu’il raconte n’est pas seulement le fruit de son imagination.

Moi et le diable bascule dans le polar, joue de l’ellipse. Le nouveau livre de l’auteur de La main de Dante (Albin Michel, 2003, repris au Livre de poche) se révèle être un roman aussi cru que provocateur. Une manière de Fifty shades of Grey déjanté et trash, dérangeant et virtuose. Nick Tosches y compose habilement avec le pathétique tout en racontant un pacte faustien. Comment rompre avec la fatalité du temps ? Comment combattre l’inéluctable, se demande son héros ? La réponse de Tosches ne peut laisser indifférent. Même si elle risque de choquer les âmes sensibles.

Alexandre Fillon

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