Roberto Saviano: "C'est un drame de devoir être escorté" | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, à Berlin, le 15.02.2019 à 17h47 (mis à jour le 15.02.2019 à 18h00) Festival

Roberto Saviano: "C'est un drame de devoir être escorté"

Roberto Saviano à la Berlinale

Coscénariste de l’adaptation cinématographique de son livre Piranhas, en compétition à Berlin, l’écrivain italien Roberto Saviano a dressé un portrait sombre de l’Italie tout en rappelant que le pays traverse une période dramatique.

Roberto Saviano était l’une des vedettes de la Berlinale, le Festival international du film de Berlin, qui s’achève dimanche 17 février. L’écrivain italien était présent comme coscénariste pour le film en compétition, La Paranza dei Bambini. Il a choisi lui-même le réalisateur  – Claudio Giovannesi – pour l’adaptation de son roman Piranhas (Gallimard 2018). Il était aussi dans la capitale allemande pour la master class "In the Aftermath: Saviano’s writing" dans le cadre de Berlinale Talents.
 
Lors de la conférence de presse de La Paranza dei Bambini, inspiré d’une histoire vraie comme il l'a rappelé, Roberto Saviano a du faire un point sur ses récents échanges virulents avec le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvani.
 
"Je suis en paix. Je ne suis pas inquiet. Je continue à écrire, à raconter des histoires. Je refuse d’être intimidé par ce genre de menaces, y compris celles du ministre de l’Intérieur, qu’il continue d’ailleurs de faire" affirme l’auteur. Il considère d'ailleurs, qu’en se pavanant en uniforme de policier, y compris hors des représentations officielles, Matteo Salvani attaque la démocratie.
 
Roberto Saviano à Berlinale Talents
L’Italie en crise
 
On l’interrogeait alors sur sa sécurité. Roberto Saviano réplique, qu' "au-delà de la question de ma sécurité personnelle, l'escorte, ce n'est pas un privilège, c'est un drame de devoir être escorté." Il ajoute qu’ "il faut essayer de comprendre ce qui se passe aussi en ce moment en Italie. Il y a des choses très graves qui se passent. (…)  La situation politique en Italie, sous de nombreux aspects, c’est anormalement grave. (…) Il y a des dizaines de journalistes qui sont sous protection en Italie et en Europe, certains sont tués (...) L'Europe n'est plus un territoire sûr pour ceux qui décrivent les faits."
 
La Paranza dei Bambini dévoile une jeunesse italienne désemparée dans un pays qui s’effondre. "Naples contient toutes les facettes et les contradictions du monde" précise l’écrivain pour rendre pour élargir le propos du film.
 
Durant sa conversation avec Dorothee Wenner, jeudi 14 février en fin d’après midi, l’auteur de Gomorra est revenu sur les maux qui traversent son œuvre et déclenchent les drames: la pauvreté et l’envie d’avoir de l’argent, le chômage et l’absence de perspectives, le délaissement de populations entières par les politiques locales ou nationales. C’est ainsi qu’il explique pourquoi ils ont effacé du film toute figure autoritaire – l’Etat, le professeur, le père –, afin de renforcer le désœuvrement de cette génération condamnée à l’exil.
 
Il a aussi pris plusieurs positions sur la drogue (qu’il souhaiterait légaliser pour couper les vivres à la mafia), sur les frontières (qui laissent passer plus d’argent sale que d’immigrants), et sur la nécessaire protection des journalistes, seuls remparts aux mensonges des populistes.
 
 

Sur les mêmes thèmes (1 articles)

close

S’abonner à #La Lettre