Pocket mise sur la littérature blanche et veut le faire savoir. L'éditeur de poche, qui publie environ 400 nouveautés par an, lance début février un label inédit destiné à mettre en lumière des textes littéraires jusqu'ici dispersés dans sa production massive. Quatre premiers titres paraîtront le 5 février, suivis de huit autres d'ici avril, pour atteindre une quinzaine de publications en 2026.
« On a toujours eu des textes de littérature blanche, mais peut-être qu'il manquait un endroit où les mettre », explique à Livres Hebdo Morgan Leho, éditeur chez Pocket depuis 2023, après un parcours aux éditions de La Découverte puis aux Presses de la Cité. Le constat est sans appel : dans un catalogue d'une centaine de titres annuels en littérature française, certains textes exigeants passent inaperçus. « L'année dernière, on a eu Ève Guerra qui était le Goncourt du premier roman. On était très heureux de l'avoir au catalogue, on l'a plutôt bien vendue, mais on s'est dit qu'elle n'a pas trop été repérée », regrette l'éditeur.
Une réponse aux mouvements stratégiques du groupe
Cette création s'inscrit dans une dynamique plus large au sein d'Editis. « Il y a eu des mouvements, des choix stratégiques qui ont été faits de muscler la partie littéraire », souligne Morgan Leho, qui cite l'arrivée d'Adrien Bosc chez Julliard avec l'intégration des éditions du Sous-sol, de Frédéric Martin chez Robert Laffont, ou encore le lancement en 2021 de la maison d’édition Le Bruit du Monde. Le label intégrera des titres issus de ces maisons, mais aussi d'éditeurs indépendants comme Finitude ou Sabine Wespieser éditeur, maison avec laquelle Pocket n'avait plus travaillé depuis longtemps.
Morgan Leho est responsable éditorial en charge de la Littérature chez Pocket- Photo ESTELLE OUGIER-SIMONINPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Pourquoi un label plutôt qu’une collection ? Une souplesse qui permet d'accueillir aussi bien de la littérature française qu'étrangère ou du réel, « des textes à la croisée des genres, entre le récit, entre la fiction ». La démarche vise explicitement à recréer du lien avec les libraires.
Reconquérir les libraires par une identité visuelle forte
« Avec ces textes-là, on pense qu'on va avoir une histoire commune à faire ensemble », affirme l'éditeur, qui a passé deux ans au service commercial de La Découverte avant de rejoindre l'édition littéraire.
Pocket a développé une charte graphique épurée – blanc, logo dédié, papier de couverture plus épais – empruntant aux codes de l'édition littéraire grand format, avec l’objectif affiché de combler un déficit d'image.
Les premiers titres du label illustrent cette ambition (lire par ailleurs) : La Colline qui travaille de Philippe Manevy (prix du Roman France Télévisions), chronique d'une famille ouvrière lyonnaise sur quatre générations et Un coup de pied dans la poussière de Baptiste Fillon, roman basé sur la vie d'un peintre israélien pro-palestinien publié en grand format au Bruit du monde.
Un laboratoire éditorial au service de la création
Au-delà de la stratégie commerciale, Morgan Leho revendique une ambition éditoriale. « C'est aussi une manière pour nous d’exprimer nos revendications sur ce qui fait la littérature contemporaine aujourd'hui. » L'enjeu dépasse Pocket : « On entend souvent ce discours que la littérature n'existe pas, qu'il n'y a plus de grands romanciers. C'est une manière de dire que la littérature, elle existe toujours, elle se crée et qu'il y a des voix singulières et très fortes qui continuent d'émerger. »
Le label pourrait évoluer selon sa réception. « Si ça fonctionne très bien, pourquoi ne pas envisager des remises en vente avec des nouvelles couvertures sur des titres de notre fonds qui étaient peut-être passés un peu inaperçus ? », envisage l'éditeur. Les parutions devraient s’échelonner dans le temps éditorial classique. Après février pour le lancement, la rentrée littéraire de septembre sera un autre moment fort de publication du label, durant lequel Pocket sort traditionnellement son plus grand volume de nouveautés en littérature française.
L'équipe éditoriale, composée de Morgan Leho et de la directrice éditoriale Perrine Brehon, pilotera cette éditorialisation de titres sélectionnés parmi la production bien plus vaste des 100 dédiés à la littérature blanche chaque année. « Il faut faire une sélection qui s’opère généralement avant la sortie en grand format », rappelle Morgan Leho, qui conjugue dans son approche du poche l'exigence éditoriale de ses années en grand format et la dimension commerciale acquise à La Découverte.
Reste à savoir si ce positionnement permettra effectivement de capter l'attention des libraires et des lecteurs dans un marché saturé. « On espère être un lieu de cette littérature, un parmi d'autres, parce qu'on sait qu'il existe plein d'autres endroits où elle se crée aussi », conclut prudemment l'éditeur.
Les premiers titres du label Littérature de Pocket
5 Février 2026
- La Colline qui travaille de Philippe Manevy
- Un coup de pied dans la poussière de Baptiste Fillon
- Mère à l'horizon de Jacques Gamblin
- L'Oiseau des Français de Yasmina Liassine
5 Mars 2026
- En île de Karine Parquet
- Quelque part en mer de Dörte Hansen, traduit de l'allemand par Elisabeth Landes
2 Avril 2026
- L'Amour Fleuve de Carla Madeira, traduit du portugais (Brésil) par Laure Elisabeth Collet
- La Tendresse des catastrophes de Martin Page
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