7 octobre > ROMAN Israël

Ronit Matalon- Photo IRIS NESHER/ACTES SUD

"L’être humain n’a pas besoin de racines. Il a besoin d’une maison." Celle que Ronit Matalon décrivait dans son premier livre traduit en français, Le bruit de nos pas (Stock, 2012), rimait avec suffocation. L’ancienne journaliste du quotidien israélien Haaretz a l’art de scruter la violence intérieure. Celle qui anime un pays, une famille ou un être en plein émoi. Dans son nouveau roman, elle jongle entre passé et présent pour recomposer le puzzle des siens. Des Juifs égyptiens venus s’installer sur un autre continent. "Tenez, c’est l’Afrique, mademoiselle." Ainsi est accueillie Esther, une jeune fille un peu naïve et perdue. Venue d’Israël, elle se frotte à un univers méconnu, opaque et complexe. "D’un côté, cette beauté énigmatique, et de l’autre, la souffrance des gens."

Mais ici, tout n’est pas noir ou blanc. La nièce du contremaître, l’oncle Cicurel, découvre que les privilégiés sont parfois emmurés dans leurs conventions, leurs non-dits et leur solitude. D’autant que Ronit Matalon décrit une microsociété bien précise : celle des colons judéo-égyptiens espérant changer leur destin. La nostalgie les assaille. Ils n’ont pas réussi à enterrer leur passé ou leurs failles. L’originalité du récit ne se situe pas tant dans sa limpidité que dans sa construction. L’auteure se sert de son album personnel pour redessiner les visages des disparus. "La perte de la photo était la perte de la mémoire." Patiemment, elle recolle les morceaux avec des mots. Chaque visage a son histoire. Y compris ceux des absents, dont la figure paternelle, déjà si présente dans son roman précédent. Comment se construit une famille au fil du temps et de la géographie ? Quelle est la place de chacun dans ce jeu de quilles ? Un véritable apprentissage de la vie.

Kerenn Elkaïm

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