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«L'utilisation des manuels numériques dépend de la construction d'infrastructures et de l'équipement des élèves en terminaux - un processus long et coûteux. L'Europe continentale est encore loin derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni", >déclare le groupe Lagardère dans une présentation destinée à rassurer les analystes financiers anglo-saxons sur la pérennité de l'activité de sa filiale Hachette Livre face à de (fausses) menaces qui viendraient du numérique. Comme dans la comptine apprise aux enfants pour les aider à maîtriser leur peur de l'inconnu, le loup numérique ne serait donc pas encore prêt à chasser sur les terres du marché scolaire. Et pour être tout à fait clair, le mémo ajoute que les "marges sur les ebooks sont potentiellement supérieures à celles des livres papier, car les coûts d'impression, de stockage et de transport sont supprimés".
"Les utilisateurs ayant acheté les versions précédentes de nos Lib auront accès gratuitement aux versions sur tablettes." SÉBASTIEN LEPLAIDEUR, LIVRE INTERACTIF BELIN (LIB)Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Aujourd'hui, c'est encore un investissement coûteux en temps comme en droits d'auteur supplémentaires, se plaignent les éditeurs. Ces nouvelles charges ont poussé Bréal à se retirer du scolaire, alors que ses manuels papier étaient tout juste équilibrés. "Nous reviendrons lorsque le numérique sera bien installé, qu'il permettra de réduire les coûts de production et qu'il ne sera plus nécessaire d'envoyer des spécimens papier", estime la P-DG, Cécile Colonna. Pour le moment, seuls deux acteurs sont entrés sur le marché via le numérique : Sésamath, avec une économie particulière fondée sur le bénévolat de ses auteurs, et Lelivrescolaire.com, qui n'est en fait que la vitrine d'une entreprise essentiellement technologique, qui se propose de fournir un outil de production aux éditeurs (voir encadré page 66).
CHRONOPHAGE
Ceux-ci cherchent le moyen d'intégrer la réalisation de leurs e-manuels et des contenus enrichis qui les accompagnent sans que ce travail devienne chronophage. "L'organisation de flux de copies et de BAT numériques automatisés est un véritable enjeu pour nos maisons", souligne Guillaume Dervieux, P-DG de Magnard. Ils doivent aussi savoir dire non : "Nous sommes sollicités par des collectivités locales et des établissements qui cherchent des contenus adaptés à leurs expérimentations, notamment sur des tablettes, mais nous ne pouvons pas nous contenter d'une production artisanale, au coup par coup, explique Odile Mardon, directrice du département Hachette secondaire. Sur les tablettes, il n'y pas encore de standard, rien n'est stabilisé, d'autres technologies restent à venir, notamment celle de Microsoft."
Sans attendre, Belin, qui s'investit beaucoup dans le numérique, annonce le lancement d'une version iPad et Android de la totalité de sa production en Livre interactif Belin (Lib), soit 75 ouvrages au total, précise Sébastien Leplaideur, directeur du développement numérique. Le CNL a soutenu le projet. "Les utilisateurs ayant acheté les versions précédentes de nos Lib auront accès gratuitement à celles-ci", ajoute-t-il. Et la maison a confié la commercialisation de sa technologie à Immanens, qui a développé le portage sur tablettes. Pour un éditeur, le coût d'accès annuel est de 15 000 euros (support technique, maintenance, mise à jour) auxquels il faut ajouter un forfait de quelques milliers d'euros par réalisation d'ouvrage, mais aucuns droits ultérieurs sur les ventes.
"Tous les éditeurs utilisent des plateformes et des applications de lecture différentes", >regrette Guillaume Dervieux. "C'est un des freins au développement du numérique en classe, alors que la technologie ne devrait pas être un enjeu concurrentiel", renchérit Sébastien Leplaideur. Philippe Belin, président d'Immanens, qui avait réalisé la totalité des versions numériques des maisons du groupe Hachette, et de Magnard, seul client resté fidèle, regrette évidemment cette dispersion et plaide pour une solution simple, ce que veut être le Lib, "tant que la production reste organisée autour du papier et que le numérique n'a pas décollé", note Philippe Belin.
0,5 % DES VENTES.
De fait, il y a encore un peu de marge. "Le numérique représente au maximum 0,5 % des ventes", selon Célia Rosentraub, directrice générale d'Hatier. Pourtant, depuis deux ans, les éditeurs scolaires ouvrent leurs catalogues avec une double page présentant les versions numériques de leurs manuels. Ils comptent cette année sur le "plan Chatel", un programme lancé en octobre dernier par le ministre de l'Education nationale, et qui réserve expressément un budget de 30 millions d'euros sur trois ans à l'achat de contenus numériques. Mais les libraires restent exclus de la distribution de ces ressources numériques, cataloguées sur le site du CNDP, et téléchargeables sur les plateformes du KNE (groupe Hachette) ou du CNS (Editis).
"La place du libraire est un grand point d'interrogation dans le numérique scolaire", s'inquiète Frédéric Fritsch, directeur général de la Librairie des étudiants (LDE), à Strasbourg. Nathan Technique y apporte une première réponse expérimentale. "Nous proposons pour cette rentrée des i-Manuel, dont les licences seront activables par un code imprimé sur les ouvrages papier, explique Charles Bimbenet, directeur de Nathan Technique. L'accès individuel vaut 2 euros, qui seront incorporés dans le prix de l'ouvrage si l'établissement a retenu cette option, et donc dans le chiffre d'affaires des libraires qui les commercialiseront."


