Désenchantés. Comment allait rebondir Neyef après Hoka Hey !, hit surprise de la saison 2022/2023 ? Pas homme à s'endormir sur ses lauriers, il délaisse le western et propose une âpre relecture de Peter Pan, débarrassée de ses oripeaux magiques. Ici, point de Peter jouant des tours à Crochet, juste des gamins paumés dans une terre oubliée des grandes villes. Les Indiens sont des dealers, les fées des prostituées, les pirates des marins mafieux. Et la poudre d'escampette se sniffe plutôt qu'autre chose. Les enfants perdus sont une bande d'orphelins qui survivent au jour le jour. Mais l'aîné du groupe est prêt à tout pour quitter cette lande déshéritée, même au pire...
Soutenue par une mise en couleurs léchée, la ligne fine de Neyef lorgne du côté des comics indépendants américains, mais avec un niveau de détails plus élevé. Ses personnages sont superbement incarnés, ses décors marquent la rétine comme rarement. Un environnement lumineux qui contraste avec la noirceur de son histoire, cri de douleur de l'enfance maltraitée. Les adultes sont ici un repoussoir, non parce qu'ils représentent la fin de l'enchantement, mais car ils ne prodiguent que le mal. Contrairement aux personnages de J. M. Barrie, les jeunes héros ne sont même pas en position de choisir de grandir ou non : ils sont déjà de petits adultes, condamnés à la violence. L'espoir existe toutefois, mais il est ténu, inversement proportionnel à l'impact laissé par cet album bouleversant.
Les enfants perdus
Rue de Sèvres
Tirage: 80 000 ex.
Prix: 24,90 € ; 200 p.
ISBN: 9782810206087
