Matzneff approuve l’arrêt des ventes de son journal par Gallimard | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, le 08.01.2020 à 16h12 (mis à jour le 08.01.2020 à 17h00) Edition

Matzneff approuve l’arrêt des ventes de son journal par Gallimard

Gabriel Matzneff, invité d'Apostrophes en 1990. - Photo CAPTURE D'ÉCRAN / INA

L’écrivain, au centre d’une polémique causée par la publication du Consentement de l’éditrice Vanessa Springora, estime que Gallimard a eu "raison" de stopper la commercialisation de son œuvre principale.

L’écrivain Gabriel Matzneff a approuvé l’arrêt des ventes de son journal par Gallimard dans un message écrit envoyé, mardi 7 janvier, à la chaîne BFM TV. Il se défend également des accusations portées à son encontre, reprochant aux "moralistes" de lui "faire grief de livres publiés il y a plus de trente ans".
 
L’écrivain estime que son éditeur a eu "raison" de stopper la commercialisation de ses livres, puisque "cela calmera les excités qui auront ainsi le temps de lire mes essais". Et l’auteur de citer quelques-uns de ses ouvrages tels que Le taureau de Phalaris (La table ronde, 1987) et La diététique de lord Byron (Gallimard, 1984), ou encore le roman Les lèvres menteuses (Gallimard, 1992).
 
Gallimard avait annoncé, mardi 7 janvier, l'arrêt de la commercialisation du journal de Gabriel Matzneff, mis en cause dans le récit de l’éditrice Vanessa Springora, Le consentement (Grasset), dans lequel elle décrit sa relation sous emprise avec l’écrivain à l’âge de 14 ans, quand lui approchait la cinquantaine.
 
"La souffrance exprimée par Madame Vanessa Springora dans Le consentement, fait entendre une parole dont la force justifie cette mesure exceptionnelle", avait affirmé dans un communiqué la maison d'édition qui publiait le journal de l'écrivain depuis 1990.
 
"Sans doute étions-nous inconscients"
 
Dans sa missive à BFM TV, l’auteur dénonce également une "campagne excessive et agressive" dirigée contre lui, en référence aux nombreuses prises de paroles dans les médias de figures du monde littéraire et de la culture condamnant son comportement. "J’ai le sentiment que, quoique je dise ou écrive aujourd’hui, cela se retournerait contre moi", explique l’écrivain, qui n’a jamais caché son goût pour les enfants, théorisé dans son livre Les moins de seize ans.

"Quant à mes galipettes coupables post-soixante-huitardes, oui, sans doute étions-nous inconscients, nous avons été nombreux à nous laisser enivrer par l’air de liberté, le parfum libertaire de cette époque insouciante qui dura une quinzaine d’année, écrit l’auteur. […] Mais je trouve idiot, extravagant, que l’on me fasse en 2020 grief de livres publiés il y a plus de trente ans, voire il y a plus de quarante ans."
 
Gabriel Matzneff fait l’objet d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris le 3 janvier pour "viols sur mineurs". Il est également visé par une citation à comparaitre devant un juge pour "apologie de crime" notifiée le 8 janvier par l’association de prévention de la pédophilie L’Ange Bleu. La première audience technique sur la conformité de la procédure doit se tenir le 12 février prochain devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.
 

Springora chez "Quotidien" : "Je n'ai fait que raconter mon histoire"

L’éditrice Vanessa Springora, auteure du récit Le consentement (Grasset) dans lequel elle raconte sa relation sous emprise avec l’écrivain Gabriel Matzneff, s’est déclarée "abasourdie" par l’ampleur de la polémique déclenchée par son livre sur le plateau de l’émission "Quotidien", mardi 7 janvier.

"Je n'ai rien révélé dans mon livre, je n'ai fait que raconter mon histoire, a-t-elle déclaré. […] Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait un tel retentissement. Je suis très surprise. J'étais tellement habituée pendant des années à ce qu'il y ait un silence, une indifférence complète autour de ses agissements qui étaient reproduits dans ses livres. […] Il y a un changement d'époque, une écoute différente pour ce genre de récits."

La directrice des éditions Julliard s’en est également prise au milieu littéraire et aux médias, auxquels il est reproché d’avoir été trop complaisants avec Gabriel Matzneff, longtemps reçu avec déférence sur les plateaux de télé et accueilli dans la presse en tant que chroniqueur.  "Il y a beaucoup de cynisme, de fascination pour l'artiste au-dessus des lois," a-t-elle regretté, rappelant que l’écrivain s’est vu remettre le prix Renaudot de l’essai en 2013 pour son essai Séraphin, c’est la fin !.
 
Vanessa Springora sera l’invitée de François Busnel dans l’émission "La Grande Librairie", mercredi 8 janvier à 20h50 sur France 5.

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