Avant-critique Roman

Marco Missiroli, "Tout avoir" (Calmann-Lévy)

Marco Missiroli - Photo © Valentina Vasi

Marco Missiroli, "Tout avoir" (Calmann-Lévy)

Deux hommes, un fils et son père, réunis pour un dernier acte à Rimini. C'est Tout avoir, roman cruel et mélancolique de Marco Missiroli.

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Par Olivier Mony,
Créé le 01.04.2024 à 11h00 ,
Mis à jour le 03.04.2024 à 11h35

Dernier bal à Rimini. Lorsque Sandro Pagliarani reçoit un coup de fil d'un ami de son père pour l'informer de ses inquiétudes relatives à l'état de santé de celui-ci, il sait enfin ce qu'il convient de faire. Retourner à Rimini. Bien sûr, ce retour est d'abord dû à une louable inquiétude filiale, mais aussi à sa propre situation, guère brillante. Ce quadragénaire, publicitaire de son état, est lui aussi, à sa façon, en bout de course. Sa funeste addiction au jeu a fini de le couper de tout et de tous, si ce n'est de son banquier et de ses créanciers... Le champ des possibles s'est refermé et seul le passé lui est désormais accueillant. Dans Rimini encore engourdie dans l'hiver, il va le retrouver. Et avec lui les amis d'enfance, un ancien amour et donc en premier lieu son père, Nando. Entre les deux hommes, l'affection est tissée de pudeurs douces, de franchises empêchées, de tendres exaspérations. Elle l'a toujours été. Simplement, le temps a passé et il n'a pas fait les choses à moitié. Nando a été victime d'un infarctus qui l'a obligé à prendre sa retraite prématurément, il a perdu sa femme, la mère de Sandro, et passe désormais ses jours entre jardinage dans son potager et fuite nocturne au volant de son antique Renault 5 pour rejoindre dans un lointain quartier un club de danse western. Surtout, il est malade. Gravement. Sans espoir de rémission. Père et fils vont se retrouver, s'accompagner, s'apprivoiser, s'accorder peut-être au chant de leurs souvenirs : un grand match de tennis entre Federer et Nadal un jour de printemps romain, des recettes de cuisine, des chamailleries à propos de musiciens... La vie comme elle va. La vie comme elle est passée, pour un dernier bal à Rimini.

On reconnaîtra là sans peine, par la fluidité de ses dialogues, par le naturalisme indécis de son art du récit, le talent si grand, si poignant, de Marco Missiroli. Dans ce Tout avoir, prix Bagutta 2023, il est plus cruel et mélancolique qu'il ne l'a jamais été. On sait Missiroli grand admirateur de l'œuvre de Yasmina Reza et il y a quelque chose de l'élégance âpre de la dramaturge et romancière dans ce lamento pour deux hommes entravés, en allés. La chute de l'un sera peut-être la rédemption de l'autre, allez savoir. N'empêche, la beauté gît dans les détails, les souvenirs, les riens du tout. La nuque d'un vieil homme vue par son fils lorsqu'il lui coupe les cheveux.

Marco Missiroli
Tout avoir
Calmann-Lévy
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 19,90 € ; 200 p.
ISBN: 9782702187654

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