La guerre du goût. Edmond Sailland dit Curnonsky (1872-1956) se serait forgé un pseudonyme à consonance russe à la demande d'Alphonse Allais. Il fut élu en 1927 « Prince des gastronomes », un titre qu'il devait à son talent de critique, à sa plume et à son combat résolu en faveur de la haute cuisine française, déjà menacée de son temps par des barbares, des mercantis et des soi-disant novateurs. Riche, célèbre et plus qu'enveloppé, Curnonsky écrivit notamment une monumentale encyclopédie, 3 000 recettes les plus réputées des régions de France. Son credo était simple : le bien-manger est une affaire de civilisation, le plaisir s'apprend et se cultive, et ce qui compte avant tout en cuisine, c'est le produit. Nombre de nos jeunes chefs actuels ne disent pas autre chose.
Cette gastronomie défendue par Curnonsky est de plus en plus battue en brèche par la globalisation, la malbouffe, l'ignorance. Des fléaux contre lesquels a décidé de lutter le jeune Hubert, un trentenaire « indéfini », qui vient de se faire virer de son boulot branché et n'arrive pas à conclure avec la belle Constance, en dépit de quelques nuits aussi alcoolisées que torrides. Elle en épousera un autre et Hubert, lui, rejoint les « curnonskas », une espèce de secte de déjantés fanatiques du Maître, qui n'hésitent pas à jouer les « terroir-istes » pour défendre leurs idées. Ils payeront cher l'addition.
Pour son premier roman, foutraque, érudit (presque trop parfois), provocateur, le jeune Louis Michaud s'est lâché et fait plaisir. Après Jean Cau (Jean Cau, l'indocile, avec Ludovic Marino, Gallimard, 2024), Curnonsky : il se choisit de bien rétro maîtres à penser.
Mon ami Curnonsky
Éditions du Rocher
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 19,90 € ; 228 p.
ISBN: 9782268113616
