Etude

Librairies: Fortes inégalités territoriales en Ile-de-France

La librairie Le Grand Cercle à Cergy, la plus importante librairie hors Paris en Ile-de-France

Librairies: Fortes inégalités territoriales en Ile-de-France

Si la Capitale a perdu 255 librairies en 17 ans, elle abrite les 3/4 des librairies d'Ile de France. Globalement, le tableau dressé par la CCI régionale est assez sombre: finances fragiles, baisse du nombre de salariés, territoires oubliés...

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Par Vincy Thomas,
Créé le 24.01.2020 à 14h57,
Mis à jour le 24.01.2020 à 15h00

Le Crocis, observatoire de la Chambre de Commerce et de l'Industrie d'Ile-de-France a publié hier une étude sur le secteur de la librairie dans la région francilienne. Elle dénombre 930 librairies et librairies /papeteries, dont 550 avec au moins un salarié et un total de 3070 salariés (soit 28% des effectifs nationaux du secteur), en baisse de 11% entre 2009 et 2018.
 
Photo CROCIS
Baisse du nombre de librairies

Les trois quarts des librairies de la région (703) sont situées à Paris alors que la ville ne représente que 18% de la population régionale. La capitale présente également la spécificité de compter les librairies des grands musées qui réalisent des chiffres d’affaires importants, ainsi que celles des grands magasins et de grands éditeurs. Cependant, l'étude note aussi que le nombre de librairies à Paris a baissé de 27% entre 2002 et 2018, de 11% en Ile-de-France entre 2009 et 2017. C'est largement plus que la baisse de 4% sur tout le territoire français. Ce sont les 8e et 16e arrondissements qui ont connu les plus fortes baisses (- 47 %,-50 %), suivis par les 1er, 4e et 12e (respectivement - 41 %, 36 %, - 36 %).

Versailles, Fontainebleau, Asnières-sur-Seine et Rueil-Malmaison sont les villes disposant du plus grand nombre de librairies. On retrouve d'ailleurs cette concentration parisienne dans le classement Livres Hebdo des 20 plus grands magasins de la région, où, hors capitale, on ne retrouve que Le grand cercle à Cergy Pontoise (Val d’Oise), Millepages à Vincennes (Val-de-Marne) et Gibert Joseph à Versailles (Yvelines). La petite couronne pourrait présenter un potentiel important pour l’implantation de nouvelles librairies selon le SLF. Entre 2002 et 2018, les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis ont également enregistré une baisse, mais plus modérée (respectivement - 7 % et - 19 %). Le Val-de-Marne, qui disposait de 8 librairies seulement en 2002, a vu ce nombre passer à 29 librairies en 2018.

D'autant qu'on remarque une proportion déséquilibrée entre la part du nombre de librairies et la part démographique, notamment dans la Grande couronne. Ainsi le Val d'Oise et l'Essonne ne comptent que 21 librairies pour, respectivement 1,2 million et 1,3 million d'habitants.
 
Photo CROCIS
Les arrondissements parisiens les plus peuplés sous-équipés

Globalement, "Sur les vingt dernières années, les librairies sont sorties du centre de Paris et ont suivi les mouvements de population des arrondissements plus périphériques et des villes de la petite couronne", indique le SLF. Il existe malgré tout une forte distorsion entre les arrondissements historiques du Livre (5e et 6e arrondissements, soit près de 50 librairies/km2) peu peuplés, qui comprennent une Fnac, Gibert Joseph, Gibert jeune, Chantelivre et La Procure, et ceux très peuplés comme le 15e, le 18e, le 19e et le 20e, sous équipés.

Enfin, seules 5 % des librairies de la région font partie d’un ensemble commercial -  les emplacements y sont chers et difficiles à rentabiliser - et sont en général occupés par des acteurs de taille conséquente : outre les grandes surfaces culturelles, on y retrouve Gibert Joseph dans le centre Marques Avenue d’Aubergenville (78), Le Furet du Nord à La Vache Noire d’Arcueil (94), à Aeroville (Tremblay en France, 93), à l’Espace Saint Quentin (Montigny Le Bretonneux, 78), à Westfield Carré Sénart (Lieusaint, 77), Decitre dans le complexe So Ouest de Levallois-Perret (92).

Favoriser la mutualisation, valoriser le client

L'étude souligne que le baisse du nombre de librairies s'explique esstentiellement par une situation précaire, avec une rentabilité trop faible et des charges élevées. Elle recommande aussi la mutualisation (Paris Librairies, Librairies 93...) et la valorisation du client (fidélisation, élargissement, proximité, personnalisation...).

Tout en appelant les maires à avoir une politique volontariste en matière d'équipements commerciaux dans le centre-ville, le Crocis alerte d'ailleurs sur un avenir un peu sombre: "Les librairies franciliennes sont dans une situation paradoxale : malgré une très bonne image auprès du public, un marché du livre plutôt stable, et un taux de sinistralité assez bas, beaucoup d’entre elles se trouvent dans une situation de grande fragilité financière qui les place à la merci du moindre incident ou retournement conjoncturel" et rappelle que "Le rôle unique des librairies indépendantes en faveur de la diversité éditoriale et de l’édition de création mériterait une meilleure prise en compte de leur spécificité par les autres acteurs de la chaîne du livre. La fragilisation du réseau des librairies est en effet également une menace pour l’édition."


 

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