L'annonce de la disparition de Marjane Satrapi a suscité de nombreuses réactions dans le monde de l'édition et de la bande dessinée. Éditeurs, auteurs et autrices ont salué la mémoire de la créatrice de Persepolis, dont l'œuvre a marqué plusieurs générations de lecteurs.
Alba Beccaria, directrice déléguée de L'Iconoclaste, éditrice de Femme, Vie, Liberté, évoque une relation qui a dépassé le cadre professionnel. « J’ai publié Femme, Vie, Liberté et c’est devenu bien plus qu’un simple projet éditorial. Nous avons tissé des liens d’amitié très forts ces dernières années. C’est une personnalité hors norme, d’une intensité totale, une rencontre qui marque une vie », témoigne-t-elle auprès de Livres Hebdo.
Alba Beccaria : « C’était une artiste à 360 degrés »
Dans son hommage, Alba Beccaria souligne ce qu'elle considère comme des traits marquants de sa personnalité. « Je l’admire pour sa liberté radicale, son intransigeance absolue, du zéro compromis. Elle avait aussi un charisme irradiant. Pour parler d’elle, Christophe Blain (ndlr : a travaillé avec l'autrice à l’Atelier des Vosges) raconte que Marjane était une légende avant d’être une légende. Et je trouve ça très juste. C’est aussi pour cette raison, je pense, qu’elle a marqué notre génération et son époque. »
Elle évoque également son parcours artistique. « Une intelligence rare et une envie de ne jamais répéter ce qu’elle savait faire, toujours explorer de nouveaux domaines artistiques, être une artiste à 360. Elle est passée par la bande dessinée pour raconter l’Iran, puis par le cinéma, la peinture et avait d’autres rêves et ambitions. Elle voulait constamment se renouveler. Sa phrase disait l’essentiel de sa méthode : "Ma vie n’est que recherche". »
Jean-Christophe Menu : « Elle est venue avec Persepolis avec une vision très déterminée du projet »
Jean-Christophe Menu, cofondateur de L'Association et éditeur des premiers volumes de Persepolis, dit avoir appris la nouvelle avec émotion. « Cela faisait une quinzaine d’années qu’on ne s’était pas vus, mais on s’écrivait régulièrement. C’est un gros choc. »
Il se souvient de l'arrivée de Marjane Satrapi à L'Association au début des années 2000. « Elle est venue avec Persepolis avec une vision très clair du projet. Elle faisait de l’illustration jeunesse, mais la bande dessinée n’était pas vraiment son langage. Elle l’a choisie presque par défaut parce qu’elle avait besoin de raconter l’Iran, sa jeunesse. »
Considérant l'autrice comme une « figure politique », Jean-Christophe Menu revient sur la portée de son œuvre auprès du grand public : « Persepolis a touché un lectorat bien au-delà des aficionados de la BD. » Un succès qu'il explique entre autres par les choix graphiques de l’autrice : « Je ne pense pas qu’elle cherchait à prouver des choses graphiquement. Elle allait au plus direct et au plus efficace. »
Joann Sfar : « J'ai perdu ma sœur jumelle »
Sur les réseaux sociaux, plusieurs auteurs et autrices de bande dessinée ont également rendu hommage à Marjane Satrapi. Sur Instagram, Joann Sfar a publié un dessin représentant leur dernière conversation, accompagné de ce message : « J'ai perdu ma sœur jumelle. Je ne donnerai pas d'interview. Tu seras dans tes livres. » De son côté, Riad Sattouf a publié une photo de l'autrice sur ses réseaux lui rendant hommage en description : « Son œuvre a ouvert une voie que beaucoup ont suivie, et moi le premier. »
D'autres autrices de premier plan, parmi lesquelles Pénélope Bagieu, Salomé Lahoche, Zelba, Florence Dupré la Tour, Lou Lubie et ou encore Camille Jourdy, ont également salué sa mémoire.
Marine Tondelier : « Pour plusieurs générations de femmes, elle a été une icône. »
François Hollande, Dominique de Villepin, Olivier Faure... sur les réseaux, les réactions de personnalités politiques sont également nombreuses. L’Élysée a publié un communiqué ce jour dans lequel le président de la République Emmanuel Macron et son épouse Brigitte Macron « saluent une immense artiste qui avait transformé une enfance iranienne en fable universelle. Ils adressent « à sa famille, à ses proches, à ceux qui l’aimaient, leurs condoléances émues ».
De son côté, le député de Paris Pouria Amirshahi, ancien rédacteur en chef de la revue Neuvième Art de la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image, a également rendu hommage à l'autrice franco-iranienne rappelant ses combats et l'envergure de son œuvre. Dans un communiqué, il évoque « la petite fille qui a grandi quelque part entre Dieu et Marx » et estime qu'elle laisse derrière elle une œuvre qui continuera de témoigner de son parcours et de ses engagements.
L'ancien Premier ministre Gabriel Attal a également rendu hommage à l'autrice sur son compte X : « Elle était cette icône de la liberté, cette voix indomptable, ce visage d'un Iran insoumis qui a bouleversé le monde entier avec Persepolis. » Marine Tondelier, secrétaire nationale des écologistes, a quant à elle rappelé sur X l'engagement de l'autrice pour les droits des femmes. « Pour plusieurs générations de femmes, elle a été une icône. »
