L'écrivain et ancien ministre de la culture ivoirien Bernard Dadié est mort
Le père de la littérature ivoirienne, auteur prolifique et engagé, Bernard Binlin Dadié est mort hier à l'âge de 103 ans. Il avait aussi été ministre de la Culture en Côte d'Ivoire durant près de dix ans.
Par
Vincy Thomas
avec AFPCréé le
11.03.2019
à 17h25
L'écrivain Bernard Dadié, homme engagé et auteur d'une œuvre prolifique, est mort samedi 9 mars à l'âge de 103 ans. "Le père de la littérature ivoirienne" a abordé tous les genres littéraires: poésie, roman, chroniques, contes traditionnels et théâtre.
"La Côte d'Ivoire vient de perdre son plus grand écrivain", a annoncé à l'AFP le ministre ivoirien de la Culture, Maurice Bandaman. "Nous nous inclinons devant sa mémoire", poursuit-il, souhaitant "un hommage national".
Né en 1916 à Assinie, Bernard Abou Koffi Binlin Dadié se fait connaitre dès 1934 avec une pièce de théâtre satirique, Les Villes. En 1950 il publie un recueil de poèmes engagés, Afrique debout ! qui dénonce les relations de domination entre Blancs et Noirs dans l'Afrique coloniale. Son autobiographie romancée, Climbié, parue en 1952, est sans doute son œuvre la plus célèbre, également très critique vis-à-vis du colonialisme. En 1980, son roman Les jambes du fils de Dieu (1980, Hatier et CEDA) remporte aussi un franc succès.
Bernard Dadié a reçu deux fois le grand prix littéraire d'Afrique noire avec Patron de New York (1965) et La ville où nul ne meurt (1968). "Ecrire est, pour moi, un désir d'écarter les ténèbres, un désir d'ouvrir à chacun des fenêtres sur le monde", avait déclaré cet immense écrivain de l'émancipation, en recevant en 2016 le premier prix Jaime Torres Bodet de l'Unesco.
S'il est difficile de trouver en France ces écrits, Présence africaine a publié plusieurs de ses ouvrages, notamment ses pièces de théâtre: Le pagne noir: contes africains, Mhoi-Ceul: comédie en 5 tableaux, Béatrice du Congo: pièce en trois actes, Un nègre à Paris, Les de tempête et Monsieur Thôgô-gnini: comédie.
Ecrivain engagé et ministre de la culture
Pionnier et un géant de la littérature africaine, ses œuvres "sont enseignées dans les universités et grandes écoles d'Afrique et d'ailleurs", a rappelé Maurice Bandaman. Homme engagé, Bernard Dadié fut aussi journaliste, homme politique et militant pour l'indépendance de la Côte d'Ivoire (colonie française jusqu'en 1960). Cet engagement au sein du Parti démocratique de Côte d'Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) lui vaudra un séjour d'un an en prison, entre 1949 et 1950. Lors de cette incarcération, il s'adresse à la lutte africaine dans Carnet de prison (CEDA, 1981).
Après l'indépendance, il a été de 1977 à 1986 le ministre de la Culture du premier président ivoirien Félix Houphouët-Boigny.
"Bernard Binlin Dadié est l'écrivain le plus fécond de la littérature néo-africaine (...) et avec Léopold Sédar Senghor, le plus traduit", selon Nicole Vincileoni, universitaire et auteure d'un ouvrage d'analyse de référence sur son œuvre, Comprendre l'œuvre de Bernard B. Dadié (Les classiques africains, 1987, désormais disponible en format numérique chez Fenixx).
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"Sa littérature est à la fois poétique et engagée, à l'image de l'homme", a réagi auprès de l'AFP Serge Bilé, écrivain et présentateur de télévision en Martinique (Antilles françaises), qui lui avait rendu visite plusieurs fois ces deux dernières années pour la préparation d'un livre à paraitre, 100 écrivains pour Bernard Dadié. "Dadié et Aimé Césaire sont à mes yeux les deux faces d'une même pièce, théâtrale et poétique, rebelle et engagée", écrivait Serge Bilé en 2016.
L'Harmattan vient de publier en février Hommage à Bernard B. Dadié, père fondateur de la littérature ivoirienne d'expression française : gloire à l'ancêtre vivant, sous la direction de Viviane Uetto et Marc Adoux Papé.
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Par
Lora Lemaréchal
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