Le réveil du Volcan | Livres Hebdo

diaporama - Par Véronique Heurtematte, le 06.11.2015 (mis à jour le 06.11.2015 à 10h08) Le Havre

Le réveil du Volcan

Après cinq ans de travaux, le Petit Volcan construit en 1982 par Oscar Niemeyer a rouvert le 3 novembre, métamorphosé en une vaste bibliothèque contemporaine. Un pari fou couronné par une réussite architecturale et documentaire totale.

C’était un événement très attendu : le 3 novembre, après cinq ans de travaux, la bibliothèque Oscar-Niemeyer a ouvert au Havre dans le Petit Volcan, binôme du Grand Volcan, bâtiment emblématique de la ville imaginé par l’architecte brésilien en 1982. Convertir cette architecture conçue il y a plus de trente ans pour servir de salle de spectacle en une bibliothèque du XXIe siècle, le pari était audacieux. Le résultat se révèle impressionnant : à suivre le parcours élaboré pour les collections au gré des différents espaces, on pourrait croire que cette construction a été pensée dès le départ pour abriter une bibliothèque. Sous cette apparente facilité se cache le travail colossal, agrémenté parfois d’âpres discussions, mené conjointement par l’équipe de bibliothécaires et l’architecte, Françoise Sogno. "Organiser une grande bibliothèque publique dans un bâtiment dont ni la forme ni le volume de départ n’étaient adéquats a constitué une grande difficulté, mais aussi un enjeu extraordinaire, souligne l’architecte. Il a fallu beaucoup réfléchir pour trouver la meilleure adéquation entre la logique documentaire et la logique spatiale très contrainte."

Les principaux défis qui se présentaient à l’architecte étaient de ramener de la lumière dans cet édifice très sombre, notamment en créant une verrière ; de donner des repères dans un espace courbe privé de perspectives en créant un escalier depuis l’atrium, tout en respectant l’esprit du lieu, en particulier en mettant en valeur les parois de béton brut. Autre enjeu : recréer de la vie dans cet espace public déserté, un peu sinistre, que les habitants ne s’étaient jamais vraiment approprié. Un accès commun avec la scène nationale voisine installée dans le Grand Volcan, la création prochaine d’une brasserie sur la place basse et de nouvelles ouvertures sur la ville devraient y parvenir.

Volontariste

Avec son programme Lire au Havre lancé en 2012 - une démarche globale qui décline des actions de lecture publique sous diverses formes -, la ville s’est engagée dans une politique très volontariste en faveur du livre. Mais il lui manquait un grand équipement moderne servant de tête de réseau, rôle assumé jusqu’alors par la bibliothèque Armand-Salacrou, un bel établissement, mais datant de 1967, qui sera désormais dédié au patrimoine, au fonds régional et aux collections pour le programme Lire au Havre. "Le projet de la bibliothèque Niemeyer est le fruit de notre questionnement pour renouveler notre offre, souligne Dominique Rouet, directeur du réseau de lecture publique du Havre. Les lignes directrices en ont été le confort et la convivialité." La nouvelle bibliothèque est donc porteuse d’un message fort pour les habitants : ici, il y a plein de choses à faire. On peut boire un verre ou grignoter au café installé dans l’entrée et qui propose aussi six postes informatiques en consultation, s’installer dans l’espace presse en face ou dans le petit salon Niemeyer agrémenté des fameux sièges "Egg" du designer danois Arne Jacobsen, écouter de la musique ou regarder un film sur les bornes de consultation, lire une bande dessinée, s’allonger sur les fauteuils encastrés dans les murs au premier étage pour jouer sur les tablettes. "Il faut venir ici, surtout quand on n’aime pas lire", lance le directeur, avec un soupçon de provocation.

En chiffres

5 270 m2.
54 heures d’ouverture hebdomadaire.
114 000 documents.
1 800 titres de films à télécharger.
6 millions de titres de musique.
650 titres de revues.
645 places assises.
70 ordinateurs.
50 tablettes numériques.
20 millions d’euros : coût total du projet.

Les collections se déploient selon une organisation très pensée : d’abord les collections de vie pratique près de l’entrée, les arts, le cinéma, la musique, puis l’espace jeunesse près de la baie vitrée et celui pour les adolescents, dans l’atrium central. Au premier étage, les collections de romans et de littérature de genre sont rythmées par des coins de lecture agrémentés de fauteuils confortables. Le mobilier permet les présentations de face, les sélections thématiques sur des petites tables, comme en librairie. Des vitrines montrent des documents issus du fonds patrimonial, comme la carte de lecteur d’un certain Jean-Paul Sartre. Les postes informatiques sont disséminés partout dans la bibliothèque et intégrés dans les collections. "On voulait que le numérique soit visible et en même temps qu’il se fonde dans le décor, précise le directeur. Aujourd’hui, cela n’a plus de sens d’y consacrer un espace dédié."

54 heures par semaine

En plein débat sur l’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques, le nouvel équipement affiche une amplitude de 54 heures d’ouverture hebdomadaire, de 10 h à 19 h du mardi au dimanche. L’ouverture dominicale, qui sera pratiquée toute l’année, sauf pendant les vacances scolaires, et qui avait donné lieu à des frictions entre les représentants du personnel et la mairie, est assurée sur la base du volontariat par les personnels permanents et par des vacations d’étudiants. "Nous nous sommes fixé pour règle d’ouvrir avec au moins 50 % de personnel permanent", indique Dominique Rouet. Un système de cloison permet de n’ouvrir que la première partie de la bibliothèque pendant la première et la dernière heure de la journée.

Ce nouvel équipement devrait permettre de développer la programmation culturelle. "L’ouverture de la bibliothèque Niemeyer ne constitue pas un aboutissement mais un nouveau départ", relève Dominique Rouet. Pour l’instant, le public est au rendez-vous : lors de sa première matinée d’ouverture, 600 visiteurs ont franchi le seuil.

Auteur cité (1)

close

S’abonner à #La Lettre