Le poète et essayiste libanais Salah Stétié est mort | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, le 20.05.2020 à 13h12 (mis à jour le 20.05.2020 à 14h00) Disparition

Le poète et essayiste libanais Salah Stétié est mort

Salah Stétié

Amoureux des arts, diplomate, poète, essayiste et grand orfèvre de la langue française, Salah Stétié avait tenté toute sa vie de faire le pont entre l'Orient et la France, entre les langues et les cultures.

Poète, essayiste, auteur de beaux-livres, critique d'art et ancien diplomate libanais, Salah Stétié est décédé hier mardi 19 mai, à Paris, à l'âge de 90 ans, a annoncé sa famille, rapporte le quotidien L'Orient-Le jour.

Né à Beyrouth, le 28 décembre 1929, Salah Stétié a participé aux débuts de Lettres nouvelles, la revue créée par Maurice Nadeau en 1953, où il prend en charge la rubrique poésie, avant de fonder l’hebdomadaire culturel L'Orient littéraire et culturel, supplément hebdomadaire du quotidien politique de langue française L’Orient, qu'il dirige jusqu'en 1961. Il fera connaître les écrivains français de l’époque, et surtout plusieurs poètes libanais comme Khalil Hawi, Adonis ou Fouad Gabriel Naffah.

Diplomate en poste à Paris, ancien délégué permanent du Liban à l'UNESCO, ambassadeur au Maroc, secrétaire général du Ministère des Affaires Etrangères à Beyrouth, puis ambassadeur à La Haye, il aspirait à "unir les deux rives de la Méditerranée".

Lauréat du prix de l'amitié franco-arabe, du prix Max-Jacob, du Grand prix de la francophonie de l'Académie française, du Grand prix de poésie des Biennales internationales de Liège (Belgique) et Grand officier de la Légion d'honneur, il était aussi membre de la Commission de Terminologie et de Néologie de la langue française. Il a été lié à un grand nombre d'écrivains du XXe siècle, dont Pierre Jean Jouve, Henri Michaux, René Char ou Yves Bonnefoy.

"Le bonheur pose plus de problèmes que le malheur n'en résout."

Auteur d'une œuvre monumentale, alliant l'art poétique arabe et la langue française, admirateur de Rimbaud et fidèle du Liban, il a notamment écrit Les Porteurs de feu (Gallimard, 1972), Inversion de l’arbre et du silence (Gallimard, 1980), Le Voyage d'Alep (Les Cahiers de l'égaré, 1991), Signes et singes (Fara Morgana, 1996), Mahomet (Albin Michel, 2001), En un lieu de brûlure (Robert Laffont, 2009), L’Interdit suivi de Raisons et déraisons de la poésie (Les éditions du littéraire, 2012), Oasis, entre sable et mythes (Actes sud, 2016) ou encore son autobiographie L’Extravagance. Mémoires (Robert Laffont, 2014). La Pierre d'alun a publié son dernier recueil en 2019, compilation de courtes pensées et réflexions, Pensées pour soi.

Critique d'art et collectionneur, il avait fait en 2017 une donation au musée Paul Valéry soit 70 oeuvres (peintures, dessins, photographies, sculptures), 14 manuscrits et quelque 190 livres réalisés en collaboration avec des artistes. Il a également écrit de nombreux textes pour des livres d'artistes. C’est à Paris qu'a débuté cette passion avec la peinture et  les arts plastiques, rencontrant le sculpteur César ou le peintre Ferdinand Desnos, donnant à illustrer ses recueils par de grands artistes tels Tàpies, Ubac, Bru, Clauzel, Kaliski, Alechinsky, Voss, Kijno…

Il avait également fait des dons de ses archives à la Bibliothèque nationale de France, à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet et au Fonds littéraire Fata Morgana - Région Languedoc-Roussillon. Respectable et vénérable, Salah Stétié a fait l'objet de documentaires, d'expositions, et d'essais, dont le plus récent, Salah Stétié, d'ombres et de lumière, de Stéphane Nassif, est paru chez Hermann en 2019.

Dans ses Mémoires, il interpellait la jeune génération en guise d'alerte : « Poètes français de demain, nouveaux dinosaures, chers pauvres dinosaures, vous seuls gardez au seuil de la caverne désertée notre or imaginaire et le peu d’eau resté disponible. N’espérez rien, cependant, au-delà de l’honneur que constitue cette garde. » 
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