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En progression de plus de 20 % entre 2009 et 2011 selon les données des éditeurs, le marché scolaire a apporté sur cette période une bouffée d'air aux libraires qui s'y intéressent, comme l'a confirmé notre classement Livres Hebdo des 400 premières librairies françaises (1). La prochaine rentrée s'inscrira dans la tendance des deux années précédentes. La disparition de l'ex-leader, la Coopérative de l'université club (Cuc), a entraîné aussi une redistribution des cartes dont tous les revendeurs du scolaire ont profité. "Lorsqu'un acteur de cette dimension disparaît, la répartition de son activité entre ses concurrents correspond à peu près à leur part de marché respective", estime Frédéric Fritsch, directeur général et cofondateur de la Librairie des étudiants (LDE), à Strasbourg.
"Les libraires spécialisés dans le scolaire connaissent bien leur travail." OLIVIER JAOUI, FOUCHER- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
La LDE est le nouveau leader de la vente de manuels scolaires en France, avec un chiffre d'affaires qui a progressé de 60 % en 2011, approchant les 30 millions d'euros. L'entreprise a profité de l'envolée du lycée, son principal marché. Elle a aussi remporté les appels d'offres de la Ville de Paris (8 millions d'euros pour les écoles et collèges) et de la région Languedoc-Roussillon, ce dernier aux dépens de Sauramps, à Montpellier, qui a dû licencier une partie de son service aux collectivités à la suite de la perte de ce client majeur.
DANGEREUX
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"Ces très gros marchés peuvent être dangereux pour l'activité d'une entreprise", estime Loïc Heydorff, gérant des Entrepôts méditerranéens du livre scolaire (EMLS), qui viennent tout juste de s'agrandir en déménageant à Vitrolles. Bien qu'elle soit installée en Provence-Alpes-Côte d'Azur, région limitrophe du Languedoc, et même s'il y avait un chiffre d'affaires de 2 à 3 millions d'euros à la clé, l'entreprise s'est gardée d'entrer sérieusement dans la compétition. Le gain d'appels d'offres plus petits et plus nombreux est moins risqué. "Nous avons gagné une cinquantaine de clients, et notre chiffre d'affaires a atteint 13 millions d'euros, en hausse de 10 % », se félicite Loïc Heydorff.
Cufay, à Abbeville, à la fois libraire en centre-ville et adjudicataire des marchés aux collectivités, a de même développé son chiffre d'affaires livres (+ 4,6 millions d'euros) grâce au scolaire et optimisé la surface de son entrepôt. "Les spécialistes des appels d'offres ont repris une partie de l'activité de la Cuc, mais ils n'ont pas tout récupéré ; de nombreuses librairies traditionnelles ont aussi trouvé de nouveaux clients", observe Stéphane Merlet, directeur commercial de Nathan.
Les parts de marché des libraires sont toutefois relativement stables. "Un nouveau venu ne peut pas s'imposer du jour au lendemain en raflant de gros appels d'offres à l'aide de fortes remises : il faut négocier l'encourt avec les éditeurs, qui surveillent particulièrement ce poste car c'est le plus risqué pour eux, les achats et les livraisons étant concentrés sur une très courte période", souligne Thierry Damagnez. Mais le gérant de Cufay, dans le scolaire depuis les débuts de la librairie au XIXe siècle, regrette de ne plus avoir que des relations financières avec les éditeurs du secteur, et ne voit aucun représentant, sauf parfois "des délégués pédagogiques, anciens dans le métier, qui prennent encore la peine de passer".
31,5 % MAXI
"Les libraires spécialisés dans le scolaire connaissent bien leur travail", rappelle le directeur général de Foucher, Olivier Jaoui. Ce savoir-faire explique peut-être ces relations distantes avec des revendeurs expérimentés, mais qui ne sont pas prescripteurs et n'ont pas besoin des éditeurs dans le travail logistique qui leur incombe. De plus, les règles commerciales sont fixées depuis des temps presque immémoriaux. Personne ne se souvient de l'origine du plafonnement de la remise à 31,5 %, un maximum atteint avec quelques milliers d'euros de commande, et qui ne constitue pas un point de discussion. "Sur les marchés collectifs, où la concurrence peut être féroce, une hausse de la remise libraire serait de toute façon repassée à l'établissement", estime Thierry Damagnez, de chez Cufay. Dans les régions à aides directes aux familles, qui achètent en librairie et où il n'y a pas d'appels d'offres, la situation du libraire s'en trouverait améliorée, mais il est impossible de faire la différence entre les deux circuits.
S'il est important, le prix n'est toutefois pas l'unique critère retenu dans les marchés publics, comme le montre l'exemple de la LDE, dont les ristournes sont en général inférieures à celles que proposent les autres adjudicataires. "Nous mettons en avant notre logiciel de gestion de prêt et d'étiquetage", explique Frédéric Fritsch. Même le tribunal administratif n'a rien trouvé à redire, dans le différend qui a opposé la LDE à Sauramps, pourtant moins cher sur le marché du Languedoc-Roussillon.
Sur le camionnage, en revanche, il y aurait matière à discussion. Les manuels des écoles parisiennes sont ainsi véhiculés d'entrepôts situés en Ile-de-France jusqu'à Strasbourg d'où ils sont réacheminés après traitement. Idem pour ceux des lycées du Languedoc. Mais là, c'est l'économie du transport qui intervient : "En termes de délai et de coût, livrer un collège à Dijon ou à Lille n'entraîne pas de grande différence. Ce qui compte, c'est l'accessibilité, qui renchérit par exemple les livraisons dans les communes de montagne", explique Loïc Heydorff, qui ne prospecte pas pour autant au-delà du quart sud-est de la France.
Tout cela n'empêche pas les libraires de se préparer, comme les éditeurs, à un repli de leurs ventes du rayon scolaire en 2013. Sauf ceux qui vendent aussi de l'occasion et se trouvent dans des régions où les lycéens achètent leurs manuels à l'aide de chèques-lire ou de cartes à puce. 1) Voir LH >901, du 16.3.2012, p. 14-28.



