L'année BD en 11 tendances chiffrées | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, le 28.12.2015 à 15h09 (mis à jour le 29.12.2015 à 12h13) Bilan 2015

L'année BD en 11 tendances chiffrées

Photo EDITIONS ALBERT RENÉ

Sous le titre "L'année de la rationalisation", le rapport annuel réalisé par Gilles Ratier pour l'Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD) fait ressortir pour 2015 une légère baisse de la production ainsi que des rééditions patrimoniales, un repli des tirages des best-sellers, mais aussi des ventes en hausse, des adaptations prisées et un marché numérique toujours marginal.

Selon le rapport annuel de Gilles Ratier, secrétaire général de l'Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD), 2015 aura été dans le secteur du 9e art l'année de la rationalisation. Explications en 11 points thématiques.

Production : 5 255 livres de bande dessinée ont été publiés en 2015, dont 3 923 nouveautés, soit une baisse de 2,9 % par rapport à l'année précédente. Un repli exceptionnel puisqu'en 17 ans ce n'est que la deuxième fois que la production baisse d'une année sur l'autre. Le nombre de publications total est toujours au dessus des 5 000 titres imprimés, cap franchi depuis 2010.  C'est trois fois plus qu'en 2000. Au plan des strictes nouveautés, 2015 reste une année "haute": il n'y a qu'en 2012 et 2014 que le chiffre était supérieur. En retirant les reprises datant de plus de vingt ans et jamais compilées et les traductions, Gilles Ratier ne recense que 1 421 véritables créations de BD en Europe francophone, soit 27,1% de la production globale d'albums (contre 27,5 % en 2014).

Edition: 368 éditeurs ont publié un livre de BD cette année (+ 21 par rapport à 2014). Il y a 111 nouveaux venus (dix de moins qu'en 2014), soit un peu plus que de disparus (92).  Le marché reste concentré puisque les trois groupes les plus puissants – Delcourt, Média-Participations et Glénat – captent 35,2 % de la production (- 1,3 point par rapport à 2014). Par éditeurs, Pika, Glénat, Kana, Delcourt, Kazé, Soleil, Glénat mangas, Panini Comics, Urban Comics, Casterman, Dupuis, Dargaud, Soleil Manga et Kurokawa sont les seuls à produire plus de 100 titres cette année. Au total les15 plus importants éditeurs ont produit 68,6 % des nouveautés de l'année.  

Ventes : le rapport Ratier se base sur les données de Livres Hebdo/I+C qui constatait que le marché a progressé de 3,5 % sur les 9 premiers mois de l'année, avant les sorties du nouvel Astérix, du Corto Maltese et du dernier Largo Winch. 88 titres ont été tirés à plus 50 000 exemplaires (dont 63 issus de la BD franco-belge), c'est dix de moins qu'en 2014. Parmi les comics, la série Walking Dead reste reine tandis que 10 séries mangas assurent la plus grande partie des ventes, dont le trio de tête, One Piece, Naruto et Fairy Tail. Mangas mis à part, les locomotives du secteur baissent cependant leur tirage au moment de la mise en place. Ainsi Largo Winch est passé de 530 000 exemplaires en 2004 à 300 000 exemplaires en 2015, Lanfeust de 300 000 dans les années 2003-2009 à 100 000 cette année, Les Profs de 200 000 en 2006-2009 à 120 000 en 2015, Astérix de 3,2 millions en 2005 à 2,25 millions dix ans plus tard...

Traduction : Avec 2 311 nouveaux titres issus de 35 pays, la production s'internationalise de plus en plus (58,9 % des nouveautés sont des traductions, +1,3 point par rapport à 2014). En tête, les albums venus d'Asie (1 555 titres, 37 éditeurs) et des Etats-Unis (524 titres, 19 éditeurs), soit 87,6 % de la production venue de l'étranger. Le Japon reste donc le leader incontesté avec 1 501 nouveaux titres, devant les Etats-Unis, l'Italie (83 titres), l'Espagne et la Chine. 

Réédition : 960 nouvelles éditions ou intégrales, c'est 98 de moins qu'en 2014. Ainsi 18,3 % des BD sont des rééditions. Cette pause du secteur patrimonial est à nuancer puisque les héros d'antan ont le vent en poupe avec 49 séries, dont Corto Maltese, absent depuis 20 ans, qui se sont perpétuées au-delà de la disparition ou de l'abandon du créateur. Claire Brétécher (Morceaux choisis), l'intégrale Modeste et Pompon, Tout Buck Danny vol 13, Les Schtroumpfs intégrale vol 3 et l'intégrale Spirou et Fantasio vol 16 ont bénéficié d'un tirage à plus de 10 000 exemplaires chacun. C'est du côté des best of que les tirages sont les plus importants comme Tom Tom et Nana, les Blagues de Toto ou encore ceux de Gaston Lagaffe et des Tuniques bleues.

Genres : Avec 1 585 publications, les séries asiatiques continuent de dominer le marché, comme c'est le cas depuis 2013. Suivent la BD franco-belge avec 1531 titres, les comics avec 419 titres (en hausse) et les romans graphiques avec 388 ouvrages (là aussi en hausse). Par segments, l'humour et les séries historiques restent dominants, avec respectivement 399 et 372 publications, devant les ouvrages pour enfants, le fantastique/SF et les thrillers. Les ouvrages pour enfants ainsi que les BD érotiques sont les seuls segments en nette progression.

Médias : 71 revues spécialisées, 13 éditions particulières d'albums, 25 revues papier, 43 sites web spécialisés, 96 ouvrages sur le 9e art... Malgré la concurrence de l'information et les difficultés de la distribution, les prépublications et l'information autour de la BD restent foisonnantes. Ainsi Super Picsou géant de Disney Hachette Presse se diffuse encore à plus de 200 000 exemplaires. Panini tire 50 000 exemplaires de Ultimate Spider-Man Mag. Comic Box et Kaboom, deux titres de revues spécialisées édités par 2B2M, sont imprimés à 35 000 exemplaires chacun. 10 hors-séries de grands titres de la presse écrite sont parus avec en vedette Tintin, Astérix, Corto Maltese ou Blake et Mortimer. Enfin, sur Internet, Bdgest.com (960 000 visiteurs uniques par mois), CoinBD.com et ActuaBD.com dominent le palmarès de fréquentation des sites web, où 13 d'entre eux attirent plus de 20 000 visiteurs uniques mensuels.

Numérique : le marché reste marginal, même s'il progresse légèrement (environ 1%). En 2015, les offres se sont multipliées et le nombre de titres continue son ascension exponentielle.  

Auteurs : 1 399 auteurs ont enregistré des revenus issus de la création de bandes dessinées sur le territoire francophone européen, et 1 602 dessinateurs ou scénaristes ont réussi à publier au moins un album cette année (soit 13 de plus qu'en 2014).  Reste que le constat est plutôt pessimiste. Il faut remonter à 2007 pour voir un si faible nombre d'auteurs de BD ayant perçu des revenus. Quant à la part des auteures de BD, elle reste faible avec 12,4 % d'albums signés par une femme. 

Nicolas Duvauchelle dans Le Combat ordinaire
Adaptations : 28 BD francophones ont été transposées en téléfilm, dessin animé ou film, et notamment la suite des Profs, qui sont parmi les films les plus vus de l'année dans les salles.  Et inversement, 178 oeuvres (littéraires, cinématographiques...) et 98 ouvrages dépendant de licences issues d'autres supports ont alimenté la production des nouveautés du 9e art, à l'instar des Minions et de Star Wars, plus gros succès cinéma de l'année. 

Périodicité : avec 38,3% de la production annuelle qui sort entre septembre et décembre, la rentrée est de plus en plus encombrée. 137 des 287 tirages au dessus de 25 000 exemplaires sont ainsi édités sur les 4 derniers mois de l'année. Juillet reste le seul mois où moins de 200 nouveautés arrivent en librairie. 
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