Ancien président du Syndicat national de l’édition (1985-1991), de la Fédération des éditeurs européens (1990-1992), de l’Union internationale des éditeurs (1996-2000) et du Bureau international de l’édition française (2003-2013), Alain Gründ est un témoin privilégié des mutations de l’édition dans les dernières décennies. Il a assaini et modernisé les éditions Gründ, fondées en 1880 par son grand-père, avant de les céder en 2007 à Editis. Pour lui, "cette période a d’abord vu la disparition de l’édition familiale". "Ce n’est pas un hasard si, dans les années 1960, avant d’être rebaptisé Syndicat national de l’édition, le SNE s’appelait Syndicat national des éditeurs, pointe-t-il. Lorsque j’en étais président, son bureau était surtout composé de patrons propriétaires. Les grands patrons d’aujourd’hui ne sont plus propriétaires de leur entreprise."
Les spécialistes.
L’internationalisation croissante, "venue des Etats-Unis et du Royaume-Uni", a accéléré les concentrations. "Le système américain et britannique du copyright a fondé les relations éditeurs-auteurs sur l’achat et la vente de droits, alors que nous avons des rapports très différents avec les auteurs dans le cadre du droit d’auteur en France ou en Allemagne", estime Alain Gründ. Les patrons qui se retrouvaient "en famille" à la Foire de Francfort y sont peu à peu moins venus. "La relève a été prise par des spécialistes. Ce secteur des cessions de droits est celui où il y a eu le plus d’embauches et de professionnalisation", observe l’ancien président du Bief, qui note que "les cessions de droits des éditeurs français ont progressé de 70 % ces dix dernières années".Le livre trop peu cher.
La "concentration de la distribution" est, selon Alain Gründ, "l’autre facteur de la concentration éditoriale". "Si on peut reprocher une chose aux éditeurs, c’est de l’avoir négligée, dit-il. J’ai vendu à Editis parce que notre chiffre d’affaires stagnait depuis cinq ans du fait de la disparition régulière des bonnes petites librairies de province. Aujourd’hui, la librairie va mal et nous, éditeurs, où allons-nous aller ? Chez Amazon ?" demande-t-il. "En 1981, nous faisions valoir que le prix unique permettait de maîtriser le prix du livre, observe par ailleurs l’éditeur. Je me demande maintenant si le livre n’est pas trop peu cher. Les marges sont trop faibles. Certes, la vente à très bon marché m’a réussi : Gründ a élargi sa clientèle. Mais aujourd’hui, alors que le livre est en perte de vitesse, j’ai l’impression que nous sommes dans un mouvement inverse. Les lecteurs peuvent payer un ou deux euros de plus.""Si je refaisais une maison d’édition, je ferais plutôt dans l’élitisme, le contraire de Gründ, assure Alain Gründ. En 1936, mon grand-père avait introduit le livre dans les Prisunic et Monoprix avec sa "Bibliothèque précieuse" à 1 franc ; le patron de Larousse lui reprochait dans un courrier de vendre des livres avec les salades. Aujourd’hui, lentement mais sûrement, le livre redevient un produit de luxe."
