Harlan Coben : "Je suis un showrunner" | Livres Hebdo

Par Claude Combet, le 20.02.2015 (mis à jour le 20.02.2015 à 10h13) Entretien

Harlan Coben : "Je suis un showrunner"

"J’ai une relation très spéciale avec la France. C’est le pays où je vends le plus après l’Amérique." - Photo PHOTO OLIVIER DION

Harlan Coben entretient un lien particulier avec la France : Guillaume Canet a été le premier à adapter un de ses romans, tandis que TF1 s’est lancé dans une mini-série tirée d’Une chance de trop. Nous avons rencontré l’écrivain fin 2014 à l’occasion de sa venue sur ce tournage.

Harlan Coben - Je suis totalement impliqué dans cette série, je suis ce qu’on appelle "un "showrunner". J’ai choisi le réalisateur, participé au casting et à l’écriture. C’est une expérience très intéressante. Nous vivons l’âge d’or de la télévision : j’adore raconter des histoires et la télévision est un bon moyen d’en raconter.

Quand nous avons adapté Ne le dis à personne de Guillaume Canet, nous avons dû compresser l’histoire, trop riche en rebondissements et en intrigues, pour en faire un film de deux heures. On aurait pu en tirer sept films différents. Le héros d’Une chance de trop est un homme et j’ai réécrit le script pour le transformer en une héroïne. Contrairement à celle du roman, l’écriture audiovisuelle est une œuvre collective. J’ai travaillé en équipe avec le producteur Sydney Gallonde, le réalisateur François Velle et la comédienne Alexandra Lamy, qui incarne l’héroïne et a beaucoup participé à l’élaboration de la série. Les téléspectateurs vont être surpris : c’est une actrice comique mais elle va leur briser le cœur.

Cela ne me gêne pas parce que j’y retrouve mon univers et ce que j’imagine d’une série télévisée. Si Hollywood avait adapté Une chance de trop, le film aurait contenu plus d’action, plus de violence… La sensibilité française correspond à la mienne. François Velle est le réalisateur parfait car il est français et a travaillé aux Etats-Unis. J’ai une relation très spéciale avec la France. C’est le pays où je vends le plus après l’Amérique, celui où j’ai eu mon premier film adapté, et ma première série télévisée. Dans mon prochain livre, The stranger, qui paraît le 24 mars aux Etats-Unis, j’ai écrit des scènes qui se passent à Paris mais je vois la ville à travers les yeux de l’étranger que je suis, comme une photo saturée. Quelqu’un a dit : "Paris est une belle femme qui sait qu’elle est belle mais qui ne s’en soucie pas."

Deux autres séries télévisées sont en cours : l’une en Grande-Bretagne avec Skynet, d’après une histoire originale et dont le tournage commence en mars ; et l’autre avec la chaîne américaine ABC et le producteur de The shield, Shawn Ryan, tirée de deux de mes livres. Parallèlement, trois films sont en projet. Le premier avec Warner Bros., d’après Missing you, qui paraît le 5 mars en France sous le titre Tu me manques. Un autre avec Paramount, tiré du livre Six ans déjà, tandis qu’Universal veut faire un remake de Ne le dis à personne.

Hollywood est terrible et réécrit tout un million de fois. Sur l’un des projets, ils m’ont dit : "il faut expliquer". J’ai été obligé de leur répondre que c’était inhérent au genre : tout expliquer avant la fin tue le suspense. En règle générale, je ne veux pas m’impliquer dans les adaptations. Quand j’écris un livre, je suis le patron, ce qui est impossible au cinéma. Il me faut neuf mois pour écrire un livre, quatre pour écrire un Mickey Bolitar, l’année n’en fait que douze… je ne veux pas me disperser en écrivant pour le cinéma. Ce fut différent pour la série télévisée, car c’était un travail d’équipe.

65 millions de volumes

Harlan Coben a vendu 65 millions de volumes dans le monde, en 43 langues. Il est le maître incontesté du thriller avec dix aventures de l’agent sportif Myron Bolitar (Fleuve éditions), une trilogie pour les ados avec Mickey Bolitar, le neveu (Fleuve éditions et PKJ) et 15 thrillers chez Belfond qui publiera, le 5 mars, son dernier : Tu me manques.

Il n’a pas d’influence. On peut être marqué par quelque chose d’important comme la politique, l’économie, l’avortement. Quand j’ai commencé, on m’a dit de ne pas faire "trop New Jersey" mais même cette spécificité a quelque chose d’universel. On ne doit pas écrire en se souciant du cinéma ou des lecteurs, qu’ils soient français, américains ou autres…

Je ne connais pas le métier et je devrais retourner à l’école pour l’apprendre. J’ai eu la chance de participer à la série télévisée, c’est déjà beaucoup. J’y joue même un petit rôle : j’y serai marié à Dana Delany, qui a joué dans Desperate housewives et Body of proof.

Je vais peu au cinéma car je ne m’intéresse pas aux super-héros ou aux films d’Hollywood. Je regarde plutôt la télévision et j’aime les séries Dexter, Lost, Breaking bad, True detective, Orange is the new black. J’ai aussi vu les séries françaises Engrenages et Les revenants sur Netflix. Mais je n’aime pas la fin des Revenants : on ne sait pas d’où ils arrivent, on ne nous donne aucune explication. Il m’en faut quand même une à la fin.

Elles constituent désormais notre vie, le monde dans lequel nous vivons. Tout le monde est connecté à Internet, tout le monde "googlelise" un nom. Mais j’écris des livres et il m’importe peu qu’ils soient publiés sur papier ou au format numérique, qu’ils soient lus sous une forme traditionnelle ou sur une liseuse. Je fais le bébé, aux gens de s’en occuper.

Je n’ai pas signé la pétition. Je ne prends pas parti. Amazon est une entreprise capitaliste. C’est une question d’argent et je suis loin de cet univers. C’est la raison pour laquelle je suis écrivain, la raison pour laquelle j’ai un agent. J’écris des romans et je dois me concentrer sur l’écriture et le contenu. Si les livres ne sont pas bons, les gens ne les liront pas. Je ne veux pas être impliqué dans le commerce et dans tout ce qui peut me distraire. J’ai conscience que c’est une position naïve et je ne critique pas ceux qui protestent.

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