Entretien

Guillaume Musso : "Un roman c’est se projeter dans un autre quotidien, c’est divertir au sens noble"

Guillaume Musso dans les bureaux de Calmann-Lévy, à Paris en septembre 2021 - Photo DAHLIA GIRGIS

Guillaume Musso : "Un roman c’est se projeter dans un autre quotidien, c’est divertir au sens noble"

Entretien avec l'auteur le plus vendu en France, qui publie ce 21 septembre son nouveau roman, L'inconnue de la Seine aux éditions Calmann-Lévy.

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Par Dahlia Girgis,
Créé le 21.09.2021 à 18h56,
Mis à jour le 22.09.2021 à 11h33

Tiré à 400000 exemplaires, le roman L'inconnue de la Seine de Guillaume Musso sort ce 21 septembre chez Calmann-Lévy. Dans le bureau de Philippe Robinet, P-DG de la maison, où trônent les couvertures des best-sellers de l'auteur mais aussi un poster de "Salut les copains", Livres Hebdo a rencontré le romancier pour évoquer ses inspirations et ses projets à venir.

Votre roman s’inspire d’un fait divers que vous avez découvert à l'âge de 17 ans. Pouvez-vous me parler de votre découverte et du moment où l'idée d’en faire un roman est née ?
Je l’ai découvert adolescent, en lisant Aurélien de Louis Aragon. J’étais intrigué car la première phrase d’Aurélien évoque la beauté de Bérénice. On se demande de quoi elle à l’air. A un moment, il dit qu’elle ressemble au visage de la "Noyée de la Seine" (NDLR : jeune femme non identifiée, repêchée de la Seine en 1875). J’avais un début d’histoire, à partir de ce fait divers il y a 10-12 ans : la brigade fluivale repêche une jeune femme amnésique nue, l’amène à l’infirmerie de la préfecture et il se passe un truc autour de son ADN.
 
Le masque mortuaire en plâtre de l'Inconnue de la Seine. - Photo BRITISH MEDICAL JOURNAL

J’ai gardé ce début de livre, jusqu’ il y a deux ans. Mon fils de 6 ans a commencé à s’intéresser à la mythologie. Nous lisions des livres sur le sujet et nous sommes tombés sur le dieu grec Dionysos, qui contrairement au dieu romain nommé Bacchus, est vengeur. C'est le dieu des faux semblant et de la perte de soi même. Les deux histoires se sont imbriquées. Un plan s’est construit en 3-4 mois, suivi d'une phase de recherche et de documentation de 3 mois et d’un synopsis avec le profil de chaque personnage. Ensuite, l’écriture du roman en soi a duré 9-10 mois.  Le travail de dcoumentation est très intéressant, même s'il n'en reste qu'une partie infime dans le roman.

Comment avez-vous travaillé vos personnages, je pense par exemple à Roxanne, qui n’est pas forcément très humanisée ?
Longtemps, j’aimais bien faire des fiches biographiques sur les personnages. Là pour Roxanne, c’est un peu différent. Je me suis dit : je vais partir avec un personnage dont je ne connais pas tout. C’est le personnage, un peu perdu, qui mène l’histoire. Le premier chapitre, écrit en une journée, m'est venu d’un bloc. Roxanne est dans la bagnole avec son patron, on comprend qu’elle a fait une connerie, il pleut, c’est décembre dans Paris, elle en a marre, et on l'amène dans ce bureau des affaires non conventionnelles. Au moment où elle s’y attend le moins arrive cette enquête extraordinaire. 

Extrait de journal, rapport d’hôpital... le roman comporte des illustrations, comment est née cette idée et qu’est ce que cela apporte de plus ?
Je voyais ça dans certaines de mes lectures comme Intérieur nuit de Marisha Pessl. Chez XO, j’avais un peu commencé à le faire. Ce besoin d'un côté visuel correspond très bien à l'époque. Ce n’est pas décisif pour comprendre l’histoire, mais je trouve ça beau et surtout ludique. 
 
Extrait L'inconnue de la Seine de Guillaume Musso - Photo (CALMANN-LÉVY)

Comment définissez-vous votre littérature ?
J’écris des livres hybrides. Je serai bien en peine de rentrer ce roman dans une catégorie. Oui il y a une enquête, mais c’est d’abord un suspens psychologique. Le roman est décrit à travers le prisme de Roxanne. C'est avant tout intime. Dans mon livre, il n‘y a pas de cascade ou de meurtre sanguinolent. Je ne me pose jamais la question du genre. Un roman c’est se projeter dans un autre quotidien, c’est divertir au sens noble. Je n’ai pas d’autre ambition que cela. 

Vous êtes l’auteur le plus vendu en France. Savez-vous quels sont vos lecteurs ? 
Avec un chiffre de vente important, vous fédérez des gens de toutes catégories et âges. Il y l’adolescent de 15 ans qui aime le côté surnaturel, le prof de fac qui a vu le livre évoquait tel sujet dans telle émission ou la grand mère qui l’achète et le donne à sa fille... Dans une société qui est assez conflictuelle, il n’y a pas énormément d'œuvres qui fédèrent autant de mondes différents. Je suis très fier de ça.

Au départ chez Editis à XO, vous avez suivi votre éditrice Caroline Lépée chez Calmann Lévy. À l'image de certains de vos confrères, souhaitez-vous aujourd’hui être en auto-édition ? 
Je suis un romancier, je n’ai pas de temps à consacrer à autre chose qu’à l’écriture de mes livres. 
 
Premier visuel de l'adaptation de La jeune fille et la nuit - Photo DR

Quels sont vos projets à venir ? 
En ce moment, la série The reunion, adaptée de La jeune fille et la nuit est en tournage. Coproduite par MGM et l’Alliance européenne, la série se passe dans un lycée international. Le casting est français, anglais et américain : Ioan Gruffudd, Rupert Graves, Grégory Fitoussi mais aussi une actrice ukrainienne Ivanna Sakhno. Elle sera diffusée sur France Télévision à l’horizon septembre-octobre 2022. Pour les adaptations, j'ai des demandes d'options continuellement. Mais je préfère choisir les projets en fonction des intentions artistiques. Enfin, j'ai également un projet de roman graphique sur La vie secrète des écrivains, qui sortira courant 2023.

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