"Sous X"

Goutte d'or publie le récit d'un journaliste infiltré dans la police

Valentin Gendron, auteur de Flic. - Photo GOUTTE D'OR

Goutte d'or publie le récit d'un journaliste infiltré dans la police

Dans la plus grande confidentialité, Goutte d’or publie ce 3 septembre le récit de Valentin Gendrot, premier journaliste français à réussir une infiltration dans un commissariat. 

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Par Isabel Contreras,
Créé le 03.09.2020 à 09h18,
Mis à jour le 03.09.2020 à 16h15

C’est l’histoire d’une infiltration inédite. A 32 ans, le journaliste Valentin Gendrot raconte dans Flic, à paraître ce jeudi 3 septembre chez Goutte d’or, comment il a réussi à se camoufler pendant six mois au sein du commissariat du 19e arrondissement parisien, réputé sensible. C'est la première fois qu'un journaliste infiltre la police.

Goutte d’or a édité ce livre qui aurait dû paraître en avril, avant que le confinement ne vienne chambouler le programme. Imprimé en Slovénie pour préserver une plus grande confidentialité, il a été tiré à 15000 exemplaires. Les libraires ont uniquement été informés du caractère inédit de ce livre de 294 pages, travaillé sous X par le diffuseur et distributeur Harmonia Mundi.

Deux ans d'infiltration

Cette opération d'infiltration a duré en réalité deux ans. En témoin inédit, Valentin Gendrot rend compte d’abord de la facilité par laquelle il arrive à obtenir en 2017 le concours d’adjoint de sécurité (ADS) ou policier contractuel (poste en bas de l’échelle) à l’école de police de Saint-Malo. Inscrit sous son vrai nom, mais sans mentionner sa profession, il suit une formation de trois mois qui l’habilitera à porter une arme sur la voie publique. Le contenu de la formation apparaît expéditif, telle la partie sur l’accueil des personnes victimes de violences conjugales d’une durée de trois heures.

Valentin Gendrot réussit son coup en changeant de lunettes et de coupe de cheveux. Le journaliste ne cache pas son identité et, pour autant, ne se fait pas repérer par les policiers. Bien qu'un épisode de l'émission "Cash investigation" sur France 2, où il apparaît à l'écran, est diffusé pendant sa formation et visionné par l'un des instructeurs et l'un de ses camarades, personne ne l'arrête.

Après sa formation, ses ambitions d’intégrer un commissariat d’un quartier sensible parisien sont douchées par une première affectation à l’Infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris (I3P). Il enfile le costume de « chauffeur de fous » et transporte pendant un an des personnes « en plein délire », du couloir de l’I3P aux hôpitaux parisiens. Il obtient enfin en mars 2019 une affectation en brigade au commissariat du 19e arrondissement, quartier connu pour ses problèmes « de délinquance, de drogue et de prostitution ». Epuisé par les conditions de travail, il démissionne au bout de six mois.

Bavures, violence quotidienne et suicides

Spécialisé dans les infiltrations, Valentin Gendrot relate la violence quotidienne dans ce commissariat où les policiers se tutoient, insultent et agressent ceux qu’ils surnomment « les bâtards »: « en grande majorité des jeunes hommes noirs, d’origine arabe ou migrants ». Le journaliste est témoin d’une bavure entre un policier et un adolescent de 16 ans, agressé violemment dans un fourgon de police, et signe un PV mensonger pour couvrir un collègue, il accompagne aussi dans le deuil ces policiers qui pleurent le suicide de l’un des siens…

Dans ce récit à l’écriture sobre, le trentenaire assume son expérience et brosse aussi le portrait d’un métier en manque de moyens, où les policiers roulent dans des voitures cabossées, où 59 d’entre eux ont décidé de s’enlever la vie l’an dernier. Il est choqué par ses propres réactions à la fin de son expérience, immunisé par la violence et touché par les nombreux profils qu'il croise. Il est surpris par son propre manque de recul et son adaptation aux codes de la profession. Dans l'observation plus que dans la condamnation, il prend des notes sur son portable et retranscrit son expérience sur son ordinateur, pendant deux heures chaque jour. 

Valentin Gendrot signe sous son vrai nom ce deuxième livre, son deuxième récit sur une infiltration. Dans Les enchaînés (Les Arènes, 2017), il se plaçait toute une année dans la peau d'un travailleur précaire sous contrat dans les régions désindustrialisées du nord de la France.
 





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