Mal de mère. Foucauld Duchange a 40 ans. Si l'on en croit le narrateur de La vierge jaune - sans doute largement autobiographique - , ce premier roman n'est pas son premier manuscrit. Après des tentatives du côté des beaux-arts puis des arts appliqués, il a fini par trouver sa voie et sa voix dans l'écriture, mais il a essuyé des refus de la part de plusieurs éditeurs, jusqu'à cette publication. Cette histoire dans l'histoire explique l'exceptionnelle maturité de ce premier roman, tant technique - il joue sur plusieurs époques, plusieurs registres, tout en limpidité - que stylistique.
Aussi bien le thème central (l'absence inguérissable de l'être aimé, en l'occurrence la mère du narrateur, morte quand il n'avait que quatorze mois), que les épisodes adventices (le portrait affectueux et amusé des grands-parents paternels, Ma et le Camarade, qui l'ont élevé, ou l'exploration de l'œuvre du peintre Eugène Leroy (1910-2000), professeur du Camarade, lequel fut en retour un de ses collectionneurs), tout ici est proustien. C'est aussi le cas de la peinture d'un certain milieu grand-bourgeois catholique du Nord de la France, Roubaix en l'occurrence, représenté par une famille où l'on est notaire de père en fils. Sauf le père du narrateur, bien transparent, dépassé par les événements, et le narrateur lui-même, passé par la pub pour vivre, mais fondamentalement écrivain, assez « tradi » lui aussi. Le résultat est très original, élégant, brillant. Et le temps, à la fin, y est presque retrouvé.
La vierge jaune
Gallimard
Tirage: 1 500 ex.
Prix: 19 € ; 160 p.
ISBN: 9782073147943
